L'histoire de Val-David

 

Boutique-maison. Source inconnue.
Boutique-maison. Source inconnue.

Maison des bûcherons. Photo Claude Proulx vers 2005
Maison des bûcherons. Photo Claude Proulx vers 2005

La maison des bûcherons devenue L’Atelier 1303

par Claude Proulx (2000)

NOUS SOMMES ENFIN INSTALLÉS POUR DE BON À VAL-DAVID, car j’y suis venue pour continuer ma vie avec Gaétan Fleurant, mon conjoint, que j’ai rencontré ici dans ce beau et charmant petit village, là où nous avons découvert une ambiance chaleureuse et calme. Ce qui nous a plus particulièrement touché, c’est l’esprit qui y règne entre les gens, ce qui en fait comme une grande famille à laquelle nous souhaitions appartenir. Tout en nous baladant sur le Parc Linéaire nous avions été attirés par cette petite maison et son site, qui semblait nous dire qu’elle avait besoin de nous deux pour la faire renaître, pour la faire survivre. C’est ainsi que s’exprime Marie-Anne Tremblay, pour nous communiquer combien, elle et son compagnon rêvaient de faire revivre la petite maison de Laurette Vendette-Fournelle et d’y installer une boutique d’art et un atelier d’ébénisterie, que l’on retrouve au 1303, chemin de la Sapinière, au cœur même du noyau villageois.

Construite sur la propriété domaniale du lot numéro trente, du onzième rang, canton Morin, cette maison est qualifiée d’historique, considérant le courage des pionniers colonisateurs et premiers occupants de cette terre de cent acres, acquise originellement par François Caron en 1858, grâce à un bon de colonisation obtenu du notaire Lavallée à Sainte-Adèle. Retenons que de 1853 et jusqu’à 1862, notre territoire fait partie de la municipalité du village de Sainte-Adèle.

François Caron, dans son testament du neuf juin 1889, lègue ses biens à son épouse Dame Josephte Rockbrune-Caron. Devenue veuve un mois plus tard, Josephte Rockbrune et son fils Noé vendent les cent acres du lot trente, onzième rang de Morin le vingt-huit décembre de la même année, à Procul Barbe, pour la somme de cent piastres, avec une maison, une grange et une écurie, érigées par François Caron. Il nous est difficile de retracer lesquels bâtiments il s’agit dans ce contrat, la mémoire des anciens du village est ici sollicitée pour nous éclairer.

Dans son testament du vingt-neuf mai 1909, Procul Barbe, lègue en autre, cette terre aux membres de sa famille et son fils Gilbert Barbe dit Leblanc, qui gère la succession de son père, revend ces biens immobiliers à Joseph Beauséjour, cultivateur, le vingt et un décembre 1910, pour la somme de deux cents piastres.

Le neuf septembre 1911, Henry Berlind, un homme d’affaires de Montréal, achète la terre avec les trois bâtiments dessus érigés, pour quatre cents dollars, puis le premier décembre 1915, le propriétaire fait une transaction pour la somme d’un dollar, pour que son entreprise la Installment Sales Company représentée par son trésorier Aaron Steinman, devienne propriétaire du lot 30. C’est ainsi dit-on, que la présence sur notre territoire de la communauté juive commence à se manifester durant ces années.

Léonidas Dufresne, commerçant de notre village, se porte acquéreur des cent acres de terre, le trente juillet 1917. C’est à partir de cette transaction importante que monsieur Dufresne exerce véritablement ses qualités et son pouvoir de développeur du village. Le lot trente s’étend à partir de la colline de la mairie, soit de la rue Piché, direction sud-est jusqu’au pied du Mont-Césaire, là où notre homme d’affaires commence à aménager en 1932 le lac de la Sapinière et y débute la construction de son domaine hôtelier du même nom en 1936.

Vers 1928, monsieur Dufresne, fait construire un petit bâtiment, au courant d’architecture rustique traditionnel, au coin de la rue Piché et du chemin de La Sapinière. Le bâti du carré qui fait vingt pieds sur vingt-cinq et son toit à deux versants sont érigés d’une charpente claire et de planches de bois de 4 cm d’épaisseur sur 20 cm. La maison est bien ancrée sur une fondation de pierres des champs, d’une épaisseur de quelque cinquante centimètres. On recouvre les murs extérieurs et le toit de bardeaux de cèdres. L’isolation contre les grands froids est constituée de brin de scie. Le bâtiment sert de logement aux employés que le propriétaire embauche pour travailler au déboisement de la terre de Dufresne et au développement du village.

Le onze juin 1940, Henri Brisebois, marié à Virginie Taillefer, se porte acquéreur de la maison et de son terrain qui fait 94 pieds sur 106 pieds et d’un petit terrain adjacent de 52 pieds sur 50 pieds, pour donner une superficie de 12,564 pc. Durant quelques années, à partir de 1941, la maison est louée à Charles-Edouard Blondin, qui travaille par ici comme professeur à l’école de la montée du 8e rang au Lac Paquin et qui occupe le poste de Secrétaire trésorier de notre municipalité de 1941 à 1946. Vers la fin de 1943, Dieudonné dit Ti-Blanc Vendette, un employé de Léonidas Dufresne, occupe la maison jusque l’arrivée de sa fille Laurette.

Léo Fournelle et Laurette Vendette qui se marient le vingt-trois avril 1935, en l’église de Sainte-Lucie-des-Laurentides, deviennent propriétaires de la maison le vingt-trois septembre 1944. Laurette Fournelle donne naissance à cinq enfants : Marie-Claire (1936), Yvette (1938), Hélène (1941), Aline (1945) et André (1953). Mes enfants ont tous été élevés dans cette maison, nous raconte Laurette. Le deux juin 1984, madame Fournelle qui depuis belle lurette avait pris les rennes du foyer, fait construire derrière la maison, un hangar au toit de tôle dont les murs extérieurs sont recouverts de panneaux de ripe pressée. Le bâtiment est construit avec l’aide de parents et d’amis; citons : Gérard Caron, Robert Fournelle, Daniel Léveillé, Gérard Vendette, Monique Viau et leur fille Hélène Vendette-Viau. Au décès de monsieur Fournelle survenu le treize mai 1987, Laurette décide d’aménager ailleurs dans Val-David. La maison est louée à plusieurs citoyens jusqu’à sa vente. Laurette Vendette-Fournelle qui célébrera son 85e anniversaire le quatre novembre 2000, est une femme vraiment extraordinaire. Elle est vive d’esprit, possède une mémoire fantastique et est dotée d’un comportement chaleureux pour ceux et celles qui viennent la visiter. J’aime voir le monde et je souhaite recevoir beaucoup de visites, nous raconte-t’elle. Elle participe activement aux réunions de groupes sociaux de la région et pour ceci elle se mériterait une médaille d’or aux Olympiques du 3e Âge, ainsi que pour sa hardiesse et sa vivacité d’esprit.

Marie-Anne Tremblay, une infirmière, originaire de la région du Saguenay, s’installe à Val-David en 1991 pour y résider au Lac Doré. Le cinq novembre 1992, elle devient propriétaire de la maison sur le chemin de La Sapinière. Au printemps de 1993, avec son conjoint Gaétan Fleurant, un habile ébéniste de notre région, on procède à des modifications importantes de réaménagements et à des rénovations qui donnent à ce petit bâtiment, une allure tout à fait charmante et attirante surtout par ses couleurs de jaune et de framboise qui caractérisent les murs extérieurs. C’est avec des anciennes fenêtres de l’église paroissiale, qui datent de 1917, que la fenestration de l’atelier d’ébénisterie de Gaétan est réalisée. Une préoccupation selon Gaétan de préserver notre patrimoine. Marie-Anne y installe une boutique d’art et exerce ses talents d’artiste. Gaétan qui procède à des travaux majeurs de rénovations et d’embellissement du hangar, devenu son atelier d’ébénisterie, y exerce avec succès son métier. On baptise la maison du nom de l’Atelier 1303.