L'histoire de Val-David

 

1919 Le magasin Alexis-Guindon
1919 Le magasin Alexis-Guindon

la grange du magasin. Photo Claude Proulx, 2007
la grange du magasin. Photo Claude Proulx, 2007

La maison pendant les rénovations, 2001. Photo Claude Proulx.
La maison pendant les rénovations, 2001. Photo Claude Proulx.

Magasin général Guindon en 2005. Photo Claude Proulx.
Magasin général Guindon en 2005. Photo Claude Proulx.

Le magasin général Alexis-Guindon

par Claude Proulx (2000)

ANTHIME MÉNARD, fils d’un des premiers colonisateurs arrivés dans nos cantons en 1849, hérite au décès de son père Narcisse en 1896, du lot 31 du rang 11, dans le canton Morin. Cette terre constitue une grande partie du noyau villageois d’aujourd’hui. Le magasin général Alexis-Guidon se trouve au 2475, rue de l’église.

Le vingt six octobre 1917, Adélard Normand résidant à Ste-Adèle, achète un morceau de terre de Anthime Ménard, lequel fait partie du lot trente et un dans le Canton Morin. Il mesure quelque cent soixante pieds sur cent pieds, donnant une superfricie de seize mille pieds carrés, sans bâtisse.

La transaction se chiffre à deux cent soixante quinze piastres. L’Acte de vente mentionne que : Le vendeur est propriétaire de ce que dessus, par titres qu’il déclare bons et dont l’acquéreur pourra prendre connaissance au domicile du vendeur, sans cependant que ce dernier ne soit tenu de les lui livrer.

Durant cette époque il est de pratique courante chez les notaires de ne pas exiger des renseignements que les propriétaires veulent protéger. Anthime Ménard fait de même dans plusieurs autres contrats que nous avons examinés, déclarant ainsi que les terrains qu’il vend ont été acquis par bons titres enrégistrés et libres de tous droits Seigneuriaux.

Vers le mois de septembre 1919, Adélard normand termine la construction d’une maison familiale et d'une grange. La maison qui donne deux étages est au courant d’architecture pittoresque. Elle mesure 10,2 mètres sur sa façade et 12,6 mètres de profondeur. Les murs extérieurs sont lambrissés en bardeaux de cèdres et son toit est plat. Sur deux façades on érige un perron-gallerie en bois qui donne sur la rue de l’église et de l’Académie et qui fait un mètre cinquante de largeur.

La grange est au courant d’architecture traditionnelle. Elle mesure 7,8 mètres de largeur sur 12,6 mètres de longueur. Ses murs et Sa toiture à quatre façades rectangulaires sont recouverts de tôle. Un grand portail est installé du côté nord.

Le cinq avril 1923, Alexis Guindon, cultivateur, marié à Phélonise Major, qui habitent sur le lot onze, dans le deuxième rang du Canton de Doncaster, achète le terrain avec les bâtisses dessus érigées, pour la somme de quatre mille piastres.

Le nouvel acquéreur y ouvre un commerce de marchandises générales. La moitié du rez-de-chaussé est occupé par le magasin et l’autre ainsi que l’étage supérieur sont occupés par le logement familial.

Des enfants ils en ont ; Jacqueline, Célile, Jean, Yvon, Charlemagne et Albert.

Au magasin général d’Alexis Guindon, on y vend notamment, de la farine, des grains, de la moulée pour les animaux, et du foin. Ces produits sont entreposés dans la grange et les habitants de la région qui viennent s’approvisionner peuvent y entrer avec leurs chevaux et leurs voitures pour ainsi charger leurs achats. On y vend de tout, comme chez le marchand général de l’époque.

Sur le dessin présenté ici, d’après une photo de 1939, les affiches sur le mur de la façade nous rappellent les noms de quelques marques commerciales des produits annoncés du temps : les cigarettes GRADS, les thés SALADA, les tabacs LA SALLE et la farine ROBIN HOOD.

Pour le plaisir des citoyens qui passent par-là, Alexis Guindon installe des bancs en bois sur le perron de son magasin et on remarque souvent que plusieurs personnes viennent s’y asseoir pour jaser ensemble des affaires du village.

Comme depuis toujours et encore aujourd’hui, ce terrain vacant entre la grange et la rue est constamment occupé par les voitures à cheval des paroissiens qui viennent magasiner au village ou encore assister aux messes. Alexis Guindon est un homme de grande stature, plein de vigueur et de rigueur un bon et agréable commerçant.

Le vingt et un novembre 1955, Jean Guindon, achète le commerce de son père Alexis et l’opère durant une trentaine d’années. Sa sœur Jacqueline travaille avec lui au magasin durant de longues années et jusqu’à la vente du commerce.

Vers les années 1960, monsieur Guindon fait lambrisser les murs extérieurs de son magasin avec des bardeaux d’asphalte, que l’on appelle à cette époque, le papier-brique.

À partir de 1976, l’auteur de cet ouvrage fréquente de façon régulière le magasin de Ti-Jean Guindon.

« Le propriétaire nous recevait toujours de façon affable et nous apparaissait être un homme de bon commerce. On jasait avec lui des affaires du village, surtout de politique, un sujet sur lequel il aimait discuter.

On se retrouvait dans un vrai magasin général de campagne, expérience exotique et chose peu fréquente pour un citadin qui s’installe dans ce village avec sa famille.

On se souviendra longtemps de ces beaux meubles en vitrines, qui présentent ses produits ; de ces gros pots de vitre remplis de sucreries, de ces harnais de chevaux suspensus aux murs et des belles bottes de caoutchouc, que le commerçant offrait à des prix ridicules…
Et pour renrichir notre plaisir, voyant que nous admirions ce beau magasin général, il nous dit comme ceci ; venez donc avec moi monsieur, je vais vous montrer ma grange.

Quels plaisirs il nous a procurés ? C’était le bon vieux temps, le temps ou on prenait le temps d’aller jaser avec le marchand général du village.

Le vingt novembre 1985, Suzanne Guindon, la nièce de Ti-Jean et son époux Jacques Bertrand, se portent acquéreurs du commerce et de ses bâtiments.

Le commerce opère sous le nom de Dépanneur du Village, lequel obtient une franchise sous la bannière de Bonisoir. En plus de travailler ardemment à leur commerce, Jacques et Suzanne embauchent quatre employés pour assurer le service à leurs fidèles clients.

Le couple Bertrand procède à d’importantes rénovations du magasin à l’aide de matériaux modernes du temps, ce qui ne modifie pas le style d’origine du bâtiment, mais lui donne une allure de sauvegarde et de modernisme.

Les carrés du bâti des deux constructions ne sont pas modifiés depuis leur érection d’origine. Le rez-de-chaussé au complet est aménagé en magasin-dépanneur et l’étage supérieur est converti en deux logements.

La grange, que les nouveaux propriétaires appellent leur remise est bien conservée et donne une fière allure à sa facture d’origine avec ses teintes de peinture de beaux verts.