L'histoire de Val-David

 

Le Moulin Georgette-Duperré en 1949. Dessin de Sonia Paquin, 2000.
Le Moulin Georgette-Duperré en 1949. Dessin de Sonia Paquin, 2000.

 Le Moulin à vent de Georgiana Du Perré, 2000. Photo : Sonia Paquin.
Le Moulin à vent de Georgiana Du Perré, 2000. Photo : Sonia Paquin.

Le moulin à vent de Georgiana Du Perré

par Claude Proulx (2000)

Sur les berges du ruisseau Doncaster, le moulin à vent de Georgiana Du Perré, dite Georgette, est situé sur une partie du lot originaire numéro trente deux, dans le onzième rang du canton Morin à l’adresse civique du 2809, Chemin du Premier rang Doncaster.

Au début de l’année, 1912, l’agent des Terres de la Couronne à Ste-Adèle, annonce que le lot no 32, dans le onzième rang du Canton Morin devient attribuable pour la colonisation. Léonidas Dufresne, se porte acquéreur de cette parcelle de terre. Par la suite, plusieurs villageois se partagent des parties du lot de monsieur Dufresne et notamment ; Eugène et Jules Bélisle, Rose-Anne Gagnier, Joseph-Léandre Dumouchel, Urgel Labelle, Éloi Ménard, James Miller, Eugène St-Louis et son fils Arthur, l’abbé Léo Vinet, Hormidas Marinier et Georgette Du Perré.

Georgette Du Perré, artisane du cuir, née à Montréal en 1907, apprend son métier durant plus d’une vingtaine d’années auprès de son père, Henri-Bruno Du Perré, propriétaire d’une entreprise de cuir, la Eagle Leather Works, dans le quartier Hochelaga à Montréal.

D’une habileté exceptionnelle et d’un tempérament bohème et solitaire, mademoiselle Du Perré fréquente notre village pendant une quinzaine d’années avant de s’installer ici en 1949 de façon permanente.

Au printemps de 1949, Georgette Du Perré réalise son rêve et fait bâtir sa maison en montagne, celle-ci à la ressemblance d’un authentique moulin à vent. Rappelons que mademoiselle Du Perré commence les travaux de construction sur le terrain d’Hormidas Marinier avant même d’en devenir la propriétaire.

Le 9 juillet 1949, Georgette Du Perré achète un petit terrain d'Hormidas Marinier situé à l’adresse civique précitée pour légaliser le site sur lequel est bâti sa maison. Cet achat lui permet d’agrandir une autre parcelle de terre qu’elle avait déjà acquise de l’abbé Léo Vinet. L’acte d’achat passé avec monsieur Marinier indique que « l’acquéreur convient de permettre l’inondation d’une partie du terrain au cas ou l’abbé Léo Vinet et monsieur Léonidas Dufresne, ou leurs représentants désireraient endiguer le ruisseau ( Doncaster) qui borne ce terrain au sud-est de façon à former un lac, sans toutefois pouvoir réclamer aucun dommage ». Il s’agit ici d’un engagement qu’avaient signé moultes propriétaires à qui avaient appartenues diverses parties du lot cadastral en cause, dans cet environnement que l’on qualifie encore aujourd’hui de zone inondable.

Cette belle résidence qui présente un caractère d’architecture dont l’inspiration date des années du régime français au Canada, cadre bien dans l’environnement du Village et les citoyens du temps sont ébahis du caractère ambitieux de cette bâtisseuse.

Hormidas Marinier, entrepreneur général dirige les travaux de construction du Moulin à vent. Ce bâtiment qui donne quatre étages, abrite deux paliers de commodités courantes, un sous-sol et le grenier. Les portes et les fenêtres sont fabriquées par Odéo Vendette. Sylva Noël exécute les travaux de plomberie. L’extérieur recouvert de pierre des champs est monté par monsieur Marinier lui-même alors que son fils Arsène et Rodolphe Guay le neveu de mademoiselle Du Perré, vont ramasser les pierres avec un time de ch’vaux le long des routes de campagnes. Ces deux derniers apportent aussi une aide précieuse aux travaux de menuiserie.

Sur le toit on installe un oiseau en métal, fabriqué par un artisan de Val-David. Certains se rappellent qu’il s’agissait d’un coq alors que d’autres croient que c’était une corneille. Les pales du moulin portent six branches et leur présence n’y sont que pour l’apparence car elles ne sont liées à aucun mécanisme d’engrenage. L’érection du moulin à vent est terminée en 1950.

Mademoiselle Du Perré décède le 28 octobre 1991. Le testament qu’elle fait rédiger le quatre juin 1980 révèle qu’elle laisse sa maison en héritage à son neveu Rodolphe Guay et à ses petites-nièces Lise, Geneviève et Michèle Guay. La lecture de son testament constitue d’ailleurs un véritable roman d’amour pour ses hoirs et ayant cause.

Le 30 septembre 1992, monsieur Guy Berland, un professeur à Montréal se porte acquéreur du moulin à vent de mademoiselle Du Perré, pour l’habiter comme résidence de campagne.

Le temps ayant fait son œuvre, les six pales que portaient les branches du moulin dans leur facture d’origine, sont disparues. Il est à souhaiter que le nouveau propriétaire fasse reconstituer les pales pour redonner le cachet d’antan au Moulin à vent de Georgiana Du Perré.

Ce bâtiment historique constitue un élément précieux pour le patrimoine de notre village.