L'histoire de Val-David

 

Forge et Maison d'Éloi Ménard en 1886. Dessin de Sonia Paquin, 2000.
Forge et Maison d'Éloi Ménard en 1886. Dessin de Sonia Paquin, 2000.

Forge de Michel Blondin en 1901. Photo Archives de la SHPVD.
Forge de Michel Blondin en 1901. Photo Archives de la SHPVD.

Maison D'Éloi Ménard vers 2003. Photo Claude Proulx.
Maison D'Éloi Ménard vers 2003. Photo Claude Proulx.

Les vieilles forges du village

par Claude Proulx (2000)

LE FORGERON, au petit matin, après s’être trempé les mains dans l’eau fraîche de la rivière du Nord, son marteau frappe le fer si vivement sur son enclume, que le lit de la rivière en vibre et en fait frémir les truites. Parfois un enfant se hasarde sur le pas du portail, pour admirer la barre de fer incandescente, qu’ont saisi les longues pinces plates du forgeron. Et, sous les coups du marteau que prolonge le tintement clair et argentin de l’enclume, celle-ci éclabousse d’étincelles le maréchal-ferrant et le cheval qui attend patiemment l’œuvre du maître. Puis, le soir descendu, un feu de houille brille au fond d’un antre ténébreux, où se meuvent des ombres : c’est la boutique traditionnelle du forgeron du village.

En 1862, Joseph Bélisle est maire de la Municipalité de paroisse de Ste-Agathe-des-Monts. À cette époque notre arrondissement fait partie de cette municipalité. Le maire, qui habite sur le Chemin du Roi, dans le 7e rang au Lac Paquin, s’approprie une partie du lot trente deux du 11e rang dans le canton Morin.

En 1886, Adélard Laviolette achète de Joseph Bélisle, un terrain en bordure de la rivière du Nord, situé sur le lot numéro trente deux. Sur le Chemin du Roi, aujourd’hui au coin de la rue de l’Académie et du Chemin de la Rivière, Laviolette y construit et y opère un atelier de forge. Nous avons perdu toute trace de ce bâtiment. Il est le premier à exercer le métier de forgeron et de maréchal-ferrant dans le village.

Une seconde forge. Le douze février 1901, Ferdinand Paquette achète de Joseph Bélisle une parcelle de terre aujourd’hui située aux coins des rues Bélisle-Saint-Louis et du chemin de La Sapinière. Paquette y érige une nouvelle boutique de forge. Une maison familiale de deux étages est construite à quelques pas de sa forge. Assise sur une fondation de pierre des champs elle abrite trois chambres à coucher, un salon et une cuisine. Une remise est aménagée à l’arrière de la maison. Ces bâtisses sont construites en bois et les toits sont lambrissés de bardeaux de cèdre.

En octobre 1901, Michel Blondin, qui apprend le métier de forgeron chez Adélard Laviolette et ensuite comme employé de Ferdinand Paquette, se porte acquéreur de la forge et de la maison familiale de Ferdinand Paquette.

Blondin qui désire être le seul à opérer ce type de commerce dans le village, fait inscrire une clause particulière dans l’acte de vente : « Le vendeur Ferdinand Paquette, ne pourra ouvrir de boutique de forge, ni travailler comme forgeron, tant que l’acheteur, Michel Blondin, opérera une boutique de forge dans le village » Le forgeron s’assure de l’exclusivité de son métier dans le village, puis il achète la première forge, celle d’Adélard Laviolette, qu’il convertit en entrepôt.

Le 26 mars 1915, Éloi Ménard, petit-fils du célèbre colonisateur Olivier Ménard, qui apprend le métier de forgeron à Shawbridge ainsi qu’à Sainte-Lucie et par la suite comme assistant de Michel Blondin, fait l’acquisition de la forge et de la résidence familiale, pour la somme de mille six cents piastres.
Éloi Ménard améliore l’extérieur de la maison en y ajoutant un perron et son toit sur deux façades du bâtiment. Puis, vers 1940, il y installe une toiture en tôle galvanisée. Le forgeron maintient et améliore aussi de façon constante le bâti de sa forge.

Ménard a, dit-on, la réputation d’être un excellent maréchal-ferrant et un forgeron moderne pour l’époque. Toujours achalandée, la forge d’Éloi Ménard sert aussi de lieu de rencontres aux gens des rangs qui en profitent pour s’échanger les dernières nouvelles.

On raconte que le forgeron Ménard lit régulièrement la vie de son patronyme Saint-Éloi, le patron des maréchaux-ferrants et qu’il accroche un fer à cheval au-dessus du grand portail de sa forge, comme c’est la coutume en France, en guise de rappel de son attachement à son Saint Patron.

Ménard exerce son métier durant plus de trente cinq ans, dont une trentaine comme tenancier de la boutique de forge.

Le quinze mars 1946, Jean-Paul Laverdure devient propriétaire de la forge d’Éloi Ménard et de la résidence familiale, pour la somme de cinq mille cinq cent dollars.

À l’âge de vingt et un ans, Jean-Paul Laverdure apprend le métier avec le forgeron Wilfrid Monette à Sainte-Adèle. Quelques mois plus tard, le 17 septembre 1946, notre forgeron se marie à Ste-Agathe-des-Monts, avec Gabrielle Lajeunesse, une des plus belles filles du canton de Beresford.

C’est dans cette belle petite maison que Gabrielle Lajeunesse-Laverdure élève ses sept enfants ; Nicole, Diane, Jean-Claude, Alain, Donald, Benoît et Sylvie, tous vivants aujourd’hui. La première née en 1947 et la plus jeune en 1960.

Aux dires des anciens du village ; « Jean-Paul Laverdure est, un citoyen dévoué pour sa paroisse et respectueux de son village ; un forgeron recherché pour ses ouvrages de qualité et un travailleur acharné ; un bon chrétien qui aime son épouse et ses enfants ».

Pour respecter une servitude de droit de passage, le bâtiment ayant servi de boutique de forge est démolie en juin 1951. Une clause d’un acte notarié fait le vingt-deux octobre 1950, entre monsieur Laverdure et Arthur Saint-Louis, devant Maître Ulysse Hamel, notaire à Sainte-Agathe-des-Monts, oblige le forgeron à prendre sa retraite.

La tradition des vieilles forges du village et de nos forgerons traditionnels vient de s’éteindre avec son dernier forgeron Jean-Paul Laverdure.

Le quatre février 1976, Jean-Marc Brunet et son épouse Micheline Roy, achètent la maison de l’ancien forgeron Jean-Paul Laverdure pour y établir leur résidence familiale. Le couple Brunet a deux garçons : Jocelyn et Martin.

Érigée en 1901 et située aujourd’hui au 1419, chemin de la Sapinière, coin Saint-Louis et Bélisle, cette belle petite maison historique à l’allure pittoresque, en est une, authentiquement québécoise. Témoin de nos anciens forgerons et de nos vieilles forges, elle demeure dans l’esprit des villageois, bien préservée par ses propriétaires actuels, dans sa facture d’origine.

Les villageois sont fiers de reconnaître cette maison historique comme faisant partie du patrimoine bâti de notre village.