La grande (et la petite) histoire de notre Parc – Partie 1

Récemment, j’ai organisé une conférence racontant l’histoire du Parc régional de Val-David-Val-Morin. L’intérêt de cette démarche était de deux ordres : le premier, évident, faire connaitre les événements qui ont mené la population des deux villages à acquérir d’immenses terrains pour en faire un parc. C’était un choix politique et financier important, car il affirmait que les Val-Davidois et les Val-Morinois  étaient d’accord pour investir beaucoup d’argent dans le plein air. Ce n’étaient pourtant pas des villages riches. Cette décision témoignait d’une grande confiance et d’un grand amour envers les espaces verts.

Le deuxième intérêt de la conférence était de rendre hommage à ceux et celles qui ont donné des centaines d’heures pour que ce magnifique projet aboutisse. Merci à chacun de vous.

Pour faciliter la compréhension des événements et aider la mémoire de mes conférenciers, j’ai créé cet historique. Je l’ai bâti à partir des souvenirs des nombreuses personnes que j’ai interviewées et des lectures que j’ai faites. À cet égard, je remercie tout spécialement Diane Séguin et Michel-Pierre Sarrazin qui m’ont donné généreusement accès à la mémoire du village, soient les archives du journal Ski-se-Dit.

Il est  possible qu’il y ait des erreurs dans cet historique; vous savez, la mémoire est parfois trompeuse.  Vous seriez bien aimables de me les signaler, car elles ont été faites de bonne foi et je ne voudrais en aucun cas porter préjudice à qui que ce soit.

Le texte entier se divise en 3 parties : Avant le Parc, L’idée du Parc,  Enfin le Parc !

Suzanne Arbique, 28 février 2018

 

 

 

Avant le Parc

 1917 –  30 juillet – Léonidas Dufresne, petit-fils de Jean-Baptiste Dufresne (l’un des 3 colonisateurs de Val-David) achète un grand terrain sur le lot 30. Une bonne partie de ce lot deviendra le Parc. J’utilise la majuscule parce que son nom est Parc régional de Val-David-Val-Morin.

1929 – À Sainte-Agathe-Sud, les membres de la famille Kerr-Gillespie commencent le défrichement d’un sentier qui permettra aux plus jeunes enfants d’aller, à pied ou en ski, à l’école sur le chemin Brunet, puis à celle de Sainte-Agathe-des-Monts.

1930-31 – La famille Kerr-Gillespie allonge ce tracé jusqu’à l’hôtel Chalet Cochand à Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson. Ce trajet traverse la terre de la famille Lachaine, puis celle de la famille Laverdure, puis celle de la famille Guindon. Donc, il longe Val-David, traverse les terres des Frères à Val-Morin, passe tout près du l’hôtel Far Hill’Inn (ainsi nommé à l’époque) et puis, traverse les lacs Lavallée et La Salle. Ils balisent ce sentier avec des plaquettes illustrant le drapeau suédois : une croix jaune sur un fond bleu. Très souvent, ce sentier reprend d’anciennes pistes amérindiennes qui s’étaient reboisées. On voit encore parfois ces repères.

Les garçons de la famille Kerr-Gillespie ont participé à de nombreuses compétitions de ski dans les Laurentides et ailleurs. Ils ont accumulé un grand nombre de trophées et de médailles. Ils se rendaient au lieu de la course en ski, puis après leur performance, ils revenaient en ski. Quels formidables athlètes !

Alex Kerr-Gillespie a gagné la médaille d’or au Championnat de ski de fond du Québec. Il aurait même gagné 5 médailles d’or au début des années 40 dans des compétitions canadiennes.

1932 –  John F. Brett réussit avec ses fils la première voie d’escalade traditionnelle au Québec. Il s’agit de la Valse au mont Césaire. Rapidement, Val-David deviendra le berceau de l’escalade au Québec.

Hermann Smith-Johannsen donne le nom de Maple Leaf au sentier d’une quarantaine de km qu’il a créé et qui relie Shawbridge (Prévost) à Sainte-Agathe-des-Monts en passant par Saint-Sauveur, Sainte-Adèle, Val-Morin et Val-David.

Émile Maupas s’établit au bord du lac Raymond à Val-Morin. Il y bâtit un camp où il fait la promotion de l’activité physique auprès d’une clientèle jeune et nombreuse.

1933 – Construction à la pelle d’un barrage pour faire naître un réservoir d’eau afin de créer le lac Dufresne maintenant appelé le lac La Sapinière. Ce ruisseau, se déversant dans la rivière du Nord, a servi à alimenter en eau une partie de la population du village.  Aujourd’hui, ce plan d’eau est juste en face de refuge du sentier des Deux Vals.

1936 – Léonidas Dufresne construit le Chalet La Sapinière. C’est un camp en bois rond d’une dizaine de chambres. Toujours précurseur, il affirme que les touristes vont venir pour des vacances d’hiver et d’été. Ainsi, il fait rouler l’économie du village, il faut penser que c’est alors la récession.

1937 – Alex Kerr-Gillespie devient le directeur et le premier instructeur de l’école de ski au Chalet La Sapinière qui deviendra bientôt l’hôtel La Sapinière.

1938 – Léonidas Dufresne installe une remontée mécanique pour faciliter le ski des clients de La Sapinière. La piste aurait été créée près de la descente de la Maple Leaf quand elle rejoint la piste Deux Vals au secteur Dufresne.

 1942 (aux environs de …) naissance de l’Alpine Club à Montréal et du Canadian Montain Club qui, comme leur nom l’indique regroupent des adeptes du plein air et de la montagne. Encore aujourd’hui, leurs membres fréquentent notre Parc.

1942  –  Le nouveau propriétaire d’une partie du mont Césaire, Roland Plante, planifie d’y construire un centre de ski alpin.

1944 – Jean-Louis Dufresne, fils de Léonidas et maintenant propriétaire de La Sapinière avec ses deux frères : Fernand et Alfred, lui cède son rope-tow (câble tracté par un moteur d’automobile pour remonter les skieurs en haut de la pente. Que de mitaines sacrifiées !)  pour l’inciter à ouvrir son centre de ski sur le versant sud, de l’autre côté de la rue, le mont Saint-Aubin.

1945 – Ernest Scrooggie fonde le Ski Club Val-David dont Mme Plante est secrétaire. Au gros Mont Plante (comme on disait à l’époque), de nouvelles pistes dessinées par l’Autrichien réputé Beno Rybizka sont ouvertes sur le versant nord. Elles s’ajoutent à la Plante Speedway créée par les frères Gillespie : Alexander, Tom et Gault. Cette dernière servait pour les championnats de descente de la Laurentien Ski Zone. Puis, M. Plante s’endette pour faire installer le fameux Rocket T-Bar. Ceux qui l’ont déjà pris savent très bien pourquoi il s’appelait le Rocket…  Il sera inauguré le 10 janvier 1954. Heureusement qu’il est ami avec le président de la Gatineau Power parce que ce n’est pas tout d’avoir un puissant remonte-pente, il fallait aussi amener l’électricité nécessaire à son fonctionnement dans le rang Doncaster.

Jouxtant sa propriété, un beau terrain en pente, défriché et essouché à la main par le père de M. René Légaré. Malheureusement, M. Plante n’a plus assez d’argent pour l’acheter. M. René Légaré, lui dit d’utiliser sa terre et de le payer quand il le pourra. C’est ainsi que la piste l’Amateur est née sur une poignée de main.  Les autres pistes : la Standard, devenue une montée piétonnière, la Shaky Legs, l’International, la Beno et la Plante Speed Way sont maintenant des pistes de télémark intégrées dans le Parc. À l’époque, l’anglais était de rigueur. À noter que c’est au Mont Plante qu’il y eut le premier tremplin de ski acrobatique au Canada.

1949 – Fondation du Club de Montagne Canadien par Julien Labedand

1950 – Yvon Guindon crée un petit centre de ski,  le Mont Guindon. C’est maintenant la pente que l’on monte pour aller rejoindre la 2 Vals ou les sentiers de raquette au secteur Dufresne du Parc.

Pendant ce temps, au secteur Far Hills : Luc Vendette, né en 1872  dans le secteur de la rue Vendette et du chemin du Lac-La Salle, deux  de ses fils : Hermas et Henri et  l’un de ses petits-fils : Lucien Vendette (père de Daniel) se sont transférés respectivement le lot no 3 pour Hermas et le lot 4  A et 4 B  pour Henri. Ces lots sont situés du côté droit du lac Amigo (qui s’appelait alors le lac Davidson). Selon le témoignage de Luc, son père Joseph Vendette était déjà dans le secteur vers les années 1853. Le chemin du Lac-La Salle s’appelait alors la montée Vendette.

Sur le lot no 3  et le lot no  4A/ 4B, maintenant, il y a le début et l’arrivée de quelques pistes, le chalet Far Hills et le stationnement. Un lot = une terre d’environ 1 000 pieds de front et d`une profondeur de 5280 pieds ce qui donne environ 122 acres.

À l’époque, ces terrains constituaient deux terres distinctes: il y avait le lot no 3 appartenant à la lignée de Luc, Hermas et Lucien (père de Daniel). Ce lot a été vendu vers 1959  à  Elisabeth Bako mariée à M. Fonay qui a vendu par la suite une partie de la terre, soit le lot  # 3-1  à Monsieur le juge John Bishop.

Puis, il y a le lot no 4A / 4B appartenant à la lignée de Luc, puis à Henri qui lui l’a vendu vers 1960 aux propriétaires du Far Hill’s Inn du temps. Ceux-ci,  par la suite, le revendirent à Monsieur Smith. On trouve maintenant sur cette terre, une partie des pistes du centre de ski de fond Far Hills.

Pour ce qui est du lot 2A  et du lot 2B qui longent le lac Amigo, cette terre était, au début du siècle, la propriété de la famille Émil  Loiseau et par la suite, de Monsieur Davidson, puis de Monsieur Fisher. Au moment de l’expropriation, M. Sylvain Cousineau a acheté le terrain de M. Fisher en plus des autres comme on le sait.

Un champion de ski dans la famille. En effet, M. Lucien Vendette (père de Daniel) a souvent été le meilleur ou l’un des meilleurs temps aux championnats de cross-country (comme on disait à l’époque) de la Zone Laurentienne. M. Maupas était son entraineur.

1956 – Retour à Val-David : construction d’un abri pour les alpinistes au pied du mont Césaire par un regroupement de grimpeurs. Ceux-ci avaient la permission de la famille Dufresne de s’y installer.

1967 – Fondation du Club de Montagne et de Grande Randonnée (CMGR) par Gilles Parent, puis avec Claude Lavallée, de la Fédération québécoise de la montagne et de l’escalade. Cette Fédération louera pendant longtemps les parois d’escalade à M. Dufresne.

1968 – Création de l’École Québécoise des Sports de Montagne qui organise des formations et des stages à l’auberge Le Rouet.

1968 – 30 oct.- Les clubs d’escalade et de randonnée du Québec se rassemblent et fondent la Fédération des clubs de montagne du Québec. Claude Lavallée en est le président, Gilles Parent, le secrétaire et Denis Gravel, le directeur général.

1969 (juin) – Entente notariée entre la famille Dufresne représentée par Jean-Louis Dufresne et la FCMQ Fédération des clubs de montagne du Québec pour l’accès aux parois d’escalade.

1971 – Construction d’un refuge au pied du mont Césaire par la Fédération des clubs de montagne du Québec avec la permission de la famille Dufresne. Robert Brazeau en était le gardien.  Quand les grimpeurs arrivaient avec leur équipement, ils passaient chez M. Brazeau pour avoir la clé et ils ne devaient surtout pas oublier de la rendre avant de partir. Cet abri leur permettait de garder leurs biens et équipements en sécurité durant les escalades et parfois même, certains y dormaient même si ce n’était pas permis.

1972 – Val-David massacre écologique ! Le gouvernement a besoin de gravier pour le prolongement de l’autoroute 15 et Val-David est riche de ce type de roche. Le village est devenu invivable tellement il y a de camions, de vacarme et de poussière. On reluque même les sites d’escalade !!! Les citoyens se révoltent.  Le Comité des citoyens est créé. Jean-Paul Dufresne et Michel-Pierre Sarrazin en seront les présidents. Le village entier se mobilise et gagnera quelques adoucissements et améliorations de son sort.

1973 – 22 septembre, Thérèse Dumesnil réunit 8 personnes chez elle pour fonder le Club de Montagne de Val-David. Elle en est élue présidente. Hubert Morin met sur pied une équipe de secours et Normand Cadieux est nommé responsable des sites d’escalade.

1974 – Thérèse Dumesnil tourne un court métrage sur le ski de randonnée avec L’ONF: Demain l’hiver. Elle devient vice-présidente de la Fédération des clubs de montagne du Québec qui deviendra la Fédération québécoise de la montagne. Elle pilotera alors la préparation du dossier de la création du Parc provincial Dufresne avec une dizaine de personnes.

                – Une équipe de secouristes motoneigistes brevetés est mise sur pied pour évacuer les blessés, randonneurs, skieurs, comme motoneigistes. Elle effectuera 96 opérations de sauvetage en 5 ans pour évacuer les randonneurs blessés et 4 opérations de recherche.

1975- 9 mars, fête au village pour le centième anniversaire de naissance d’Hermann Jack Rabbit Smith-Johannsen.

 

Un merci tout spécial à Jocelyne Aird-Bélanger, Monique Légaré, Pierre Gougoux, Gilles Parent, Claude Lavallée, au journal Ski-se-Dit et à la Société d’histoire de Val-David.

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