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Culture et Communications Québec et la Municipalité de Val-David

 

 

 

  • BIENVENUE A VAL-DAVID
  • LA CONQUÊTE DES TERRES DU NORD
  • LES PREMIERS COLONS
  • LA TERRE ET LE BOIS
  • LES MOULINS
  • LE TRAIN
  • LES SANATORIUMS
  • DU LAC À LA GARE
  • L' ÉGLISE
  • DE BELISLE'S MILL À VAL-DAVID
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  • LES AUBERGES
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  • LE TOURISME
  • LES VOIES DE TRANSPORT
  • LA BUTTE À MATHIEU
  • LES ARTISTES ET LES REGROUPEMENTS
  • LE P'TIT TRAIN DU NORD
  • LE PARC RÉGIONAL DE VAL-DAVID-VAL-MORIN
  • RENOMMÉE CLUTURELLE
  • LA CLEF DES CHAMPS ET LE MARCHÉ PUBLIC
  • EN GUISE DE CONCLUSION

BIENVENUE À VAL-DAVID

 

Source de la photo: BANQ

 

En cette année 2021, la Société d’histoire et du patrimoine de Val-David est heureuse de vous présenter cette courte exposition qui raconte les 100 ans de la municipalité.

Rappelons d’abord que l’histoire de Val-David remonte bien avant 1921, puisque depuis les années 1850, durant 70 ans, son territoire fait partie de Sainte-Adèle pour une courte période, puis de Sainte-Agathe-des-Monts. En 2021, Val-David fête les 100 ans de l’incorporation de la municipalité.

Le mot « accueil » résume bien les 170 ans d’histoire de Val-David.

Depuis la fin du 19e siècle, Val-David ouvre ses bras à la nouveauté et à l’originalité. Elle s’ouvre aux étrangers ; aux malades d’abord, tuberculeux et à leurs familles (souvent anglophones et/ou juives) ; puis aux sportifs (alpinistes, skieurs, canoteurs) dont plusieurs sont Européens. Finalement, les touristes sont si bien accueillis à Val-David que le tourisme demeure le fondement économique de la région depuis les années 1940.

La Révolution tranquille de la fin des années 1950 et le début des années 1960 amène à Val-David une foule de jeunes et de moins jeunes aspirant à un mode de vie d’amour et de paix, symbolisé par la Butte à Mathieu et les Créateurs associés. La popularité de Val-David grandit. Les années 1970 voient le retour en force des sportifs et la création du Parc régional. La culture n’est pas en reste, Val-David attire de nombreux créateurs autour du Centre d’exposition, des 1001 pots, des Jardins du précambrien, de l’Atelier de l’île, du LézartLoco et des autres lieux de diffusion culturelle.

Il en est de même du Marché de Val-David, de la Clef des champs et de nombreux restaurants qui poursuivent le renouveau gastronomique québécois amorcé à La Sapinière en 1936.

Unique au Québec, Val-David est et restera un monde à part et à partager.

Bienvenue chez vous !

 

Source: Chambre de commerce de Val-David, décembre 1968

LA CONQUÊTE DES TERRES DU NORD

 

Au début du 19e siècle, la population du Bas-Canada (le Québec actuel) ne cesse de croître. En un siècle, la population est multipliée par 5, passant de 350 000 personnes vers 1825 à 1 650 000 au début du 20e siècle. Bientôt, le territoire dédié à l’agriculture ne répond plus aux besoins de la population. Les temps sont durs.

À partir des années 1820, de nombreux Canadiens français émigrent vers les villes de la Nouvelle-Angleterre où l’industrie de la filature exige une main-d’œuvre abondante. Entre 1840 et 1930, près de 900 000 personnes traversent la frontière dans l’espoir d’améliorer leur sort.

Pour pallier cet exode, un grand mouvement de colonisation est mis en œuvre. Des mesures incitent la population à s’approprier les vastes territoires encore peu peuplés des Laurentides, de Lanaudière, de la Mauricie, des Bois-Francs et du lac Saint-Jean.

 

Source de la photo: BANQ

Dans les Laurentides, le curé Labelle, surnommé le « Roi du Nord », devient la figure emblématique du mouvement de colonisation vers la fin des années 1860.

 

 

En 1847, Owen Quinn fait l’arpentage des lots des nouveaux cantons formés au nord de Sainte-Adèle. Le territoire actuel de Val-David se répartit sur les cantons Morin, Doncaster et Wexford, respectivement proclamés en 1852, 1852 et 1858. Il comprend 174 lots. 

 

Lots des rangs VII et X du canton Morin faisant partie du territoire actuel de la municipalité de Val-David. Ils furent arpentés
par Owen Quinn en 1847. Composition numérique : Pierre Dumas, ingénieur, d’après la carte d’Owen Quinn.

 

On demande souvent à la Société d’histoire si le territoire de Val-David était occupé par des Amérindiens lors de son développement; la réponse négative est donnée par Quinn lui-même en 1847. Bien qu’ayant arpenté à pied tout le territoire, il ne note aucune présence amérindienne bien que cela fasse partie de son mandat. D’ailleurs, aucun site possible d’occupation n’a été identifié jusqu’ici par l’archéologie. Une réserve devant servir à éloigner les communautés iroquoises de la région de Montréal (Kahnawake et Kanesatake) est créée en 1851 à Sainte-Lucie-des-Laurentides, mais la communauté iroquoise refuse d’y emménager. À tel point que des « Blancs » squattent l’endroit et que le gouvernement fédéral doit racheter leurs installations.

 

Camp d'arpenteur au Manitoba, milieu du XIXème siècle
source: BANQ

 

Pour en savoir plus:

LES PREMIERS COLONS

 

En 1849, les premiers colons ne s’établissent pas aux abords de la rivière du Nord, là où se trouve le cœur du village actuel. Ils choisissent les terres les plus propices à l’agriculture, loin de la rivière tumultueuse, de ses marécages et surtout de ses nombreux moustiques, « terreur des colons ».

Une tâche colossale les attend. Les conseils donnés aux pionniers leur suggèrent de partir de préférence au printemps, accompagnés d’amis ou de parents et de revenir l’année suivante chercher leur conjointe et les autres membres de leur famille.

C’est le cas des deux frères Narcisse et Olivier Ménard et de leur futur beau-frère Jean-Baptiste Dufresne. Partis de Saint-Benoît en 1849. Ils se rendent d’abord à Saint-Jérôme situé « au bout du monde » avant de s’aventurer, en empruntant, faute de chemins, des sentiers sans doute d’abord tracés par quelques trappeurs ou arpenteurs. Arrivés à leur lot respectif situé dans les rangs 7 et 10, ils se mettent à la tâche. Se nourrir, se loger et se vêtir sont leurs priorités.

 

 

Après avoir arraché et brûlé les « fardoches », ils construisent une maisonnette de bois rond qui leur servira de premier abri. Puis, ils s’attaquent avec ardeur à une forêt imposante en abattant et en culbutant les érables, les sapins et les grands pins. Une fois leur lot partiellement défriché et les premières habitations construites, ils reviennent chercher les membres de leur famille.

Alors que les frères Ménard rejoignent leurs épouses, Dufresne revient convoler en justes noces avec Louise, la sœur des frères Ménard. Marie-Josephe Chartrand, mère des deux frères Ménard et leur sœur Flavie les accompagnent. Au cours des années suivantes, Marie-Josephe Chartrand, connue sous le nom de la Mère Ménard, accueillera, en tant que sage-femme, la venue au monde de dizaines d’enfants des Laurentides.

 

Jean-Baptiste Dufresne et Flavie Ménard, 1912
Jean-Baptiste Dufresne et Flavie Ménard, 1912. Archives de la SHPVD

 

Pour en savoir plus:

LA TERRE ET LE BOIS

 

Les premiers habitants de Val-David ont la vie dure. La forêt s’étend à perte de vue, mais ses ressources sont peu accessibles. Au milieu du 19e siècle, le régime des concessions forestières favorise le marchand de bois, au détriment du colon. Tant que ce dernier n’a pas rempli les conditions stipulées dans le billet de concession et obtenu les titres de propriété, il n’a pas le droit de vendre le bois coupé sur son lot. La seule source de revenus dont dispose le colon au stade des défrichements lui est donc interdite.

Après avoir défriché un lot, l’ensemencement et la récolte ne sont pas assurés. Bien que dotée de plusieurs terrains fertiles, la « terre de roches » des Laurentides n’est guère propice à l’agriculture et à l’établissement de fermes d’envergure. D’autant plus que le gel peut apparaître en août et la neige tomber dès le mois d’octobre et ne disparaître que tard au printemps.

 

Le camp de bûcherons du Mont Césaire en 1900. Collection Jacques Dufresne.

 

Pour plusieurs, s’engager comme bûcheron devient une nécessité. La rivière du Nord n’étant pas propice au long parcours de drave, de la fin septembre jusqu’au printemps, les hommes quittent leur famille pour s’enfoncer dans la forêt, vraisemblablement vers la rivière Rouge. Pendant ce temps, les femmes restent au village et s’occupent des affaires courantes, des enfants, des récoltes et préparent les réserves pour l’hiver.

 

source de la photo: BANQ

 

Entassés dans un camp en bois rond chauffé par un seul poêle, une trentaine de bûcherons vont traverser les grands froids. Ils travaillent jusqu’à dix heures par jour. Haches et godendards sont leurs outils pour couper et débiter les arbres. Puis, les billots sont montés sur une charrette et transportés jusqu’au lac ou à la rivière gelée. Au printemps, les rivières gonflées par le dégel permettront aux draveurs de faire courir les billots jusqu’à leur destination.

 

 

Source de la photo: BANQ

 

Parc linéaire Val-David . Photo André Villeneuve

 

Pour en savoir plus: 

LES MOULINS

 

Si la rivière du Nord, entrecoupée de rapides, ne facilite pas la navigation des personnes et des biens, la force de son courant devient un atout inestimable pour l’installation de moulins. En 1859, tirant profit de l’énergie hydraulique, Louis Papineau y construit un moulin à scie.

 

Collection Jocelyne Aird-Bélanger

 

En 1878, lorsque Joseph Belisle acquiert le moulin, il en complète l’installation avec l’ajout d’un moulin à moudre le grain et d’un moulin à carder la laine. Le moulin Belisle est muni d’un tuyau de bois d’environ deux mètres de diamètre qui précipite l’eau vers la turbine. Le bois franc est scié en planches au printemps lorsque la fonte des neiges fait gonfler la rivière. En été, c’est au tour du bois mou et en automne, le moulin taille des bardeaux. Prémonition ou esprit d’entreprise de son propriétaire, le moulin Bélisle profitera bientôt de l’arrivée du train puisque le prolongement de la ligne vers le Nord est déjà envisagé et que le train a atteint Saint-Jérôme deux ans plus tôt.

Un second moulin est construit vers la même période à la limite entre les actuels Val-David et Sainte-Agathe-des-Monts. La première mention du moulin Marier vient avec l’arrivée de Joseph Marier, entre 1859 et 1861, qui prend à sa charge le moulin à farine de son frère Adolphe Marier de Sainte-Adèle. À cet endroit, une dénivellation de plus de 7 mètres (24 pieds) dans la rivière crée une source importante de pouvoir hydraulique, notamment pour la coupe du bois dur. Ce moulin, très achalandé, est détruit par le feu et reconstruit à plusieurs reprises.

 

Source de la photo: BANQ

 

 

La meunerie sert principalement à moudre l’avoine et l’orge des cultivateurs qui s’en servent comme moulée pour les porcs et les veaux. Le sarrasin comble les besoins en farine pour la cuisine. Après la tonte des moutons, le moulin à carder, peigne et démêle les fibres textiles qui seront filées, tissées et tricotées durant de l’hiver.

 

Le moulin Bélisle vers 1910. Photo Archives de la SHPVD.
Le moulin Bélisle vers 1910. Photo Archives de la SHPVD.

 

Le moulin Bélisle vers 1929
Le moulin Bélisle vers 1929. Photo Archives de la SHPVD

 

Pour en savoir plus

LE TRAIN

 

Depuis 1876, le train parti à 17 h 30 de la rue Hochelaga à Montréal conduit passagers et marchandises jusqu’à leur arrivée à Saint-Jérôme 90 minutes plus tard. En 1892, pour la première fois, le train poursuit sa route jusqu’à Sainte-Agathe-des-Monts. Le rêve de colonisation du curé Labelle décédé un an plus tôt se réalise. Désormais, Prévost, Saint-Sauveur, Piedmont, Mont-Rolland, Sainte-Adèle, Sainte-Marguerite, Val-Morin, Val-David et Sainte-Agathe-des-Monts ne sont plus isolés. Le chemin de fer permet aux villages des Laurentides de développer des activités économiques, sociales et culturelles entre eux et avec les grands centres.

 

Le premier train du Nord, en gare de St-Jérôme en 1971876.Tiré de Le train du Nord…vers…Labelle, de Gilbert Cholette, Société d’histoire de la chute aux iroquois, 2008 page 163

 

À l’époque, Val-David est connu sous l’appellation de Belisle’s Mill (le moulin à Bélisle), nom que donne le Canadian Pacific à sa gare, démontrant par le fait même l’importance qu’accorde la compagnie aux moulins de Joseph Belisle.

 

Gare du CPR, Belisle’s Mills vers 1910. Source : Musée McCord Museum, MP-0000.99.3 On remarque le bois, près de la voie ferrée, prêt à charger.

 

Au-delà de son importance pour le transport et le commerce, la gare deviendra également le point de chute du courrier et des communications. Bien avant l’installation des lignes téléphoniques, la gare offrira le service de télégraphe.

La gare de Belisle’s Mill devenue gare de Val-David sera agrandie à quelques reprises, modifiée, et même peinte couleur « sang de bœuf » pour la camoufler pendant la Seconde Guerre mondiale.

 

 

Une deuxième gare sera construite à proximité des moulins Marier-Préfontaine; cette petite gare sera utilisée pour des arrêts sur drapeau (flying stop). Comme le secteur Préfontaire deviendra un lieu privilégié pour l’établissement de la communauté juive de Val-David, cette gare portera familièrement le nom de « la Jérusalem ». Au cours du 19e siècle, un pont sera construit à proximité de la gare servant à apporter le bois au moulin et permettre aux touristes d’atteindre plus facilement leur lieu de résidence.

 

 

 Pour en savoir plus 

 

LES SANATORIUMS

 

Avec l’expansion du chemin de fer, les touristes, les sportifs et les amoureux de la nature sont de plus en plus nombreux à profiter des Laurentides. À la fin du 19e et au début du 20e siècle cependant, les Laurentides attirent un type tout à fait particulier de touristes : les tuberculeux.

La tuberculose est une maladie infectieuse très contagieuse. Cette « peste blanche » frappe plus particulièrement les populations des quartiers insalubres des villes et sa propagation est fulgurante. Au Québec, entre 1896 et 1906, pas moins de 3300 personnes en meurent annuellement.

 

Une affiche antituberculeuse, début XX è siècle, France

 

Jusqu’à l’utilisation systématique du traitement par antibiotiques dans les années 1950, c’est toute une industrie de la santé qui se développe autour de bâtiments imposants et d’une infrastructure d’accueil considérable.

À part quelques remèdes douteux, la médecine n’a pas encore découvert d’antidote à la maladie. Par contre, en 1854, un médecin allemand atteint de tuberculose affirme en avoir été guéri grâce à un séjour en montagne. Isoler les malades et leur prescrire du repos, une saine alimentation et de l’air pur sont dès lors reconnues comme les moyens les plus efficaces pour contrer la maladie. Ainsi naît l’époque des sanatoriums.

En 1895, Elizabeth Wand, une infirmière de New York ouvre un premier sanatorium à Sainte-Agathe-des-Monts, dont Val-David fait toujours partie. La région, reconnue pour son air pur et sec, devient le lieu de prédilection pour restreindre la propagation et assurer la guérison des malades. Au début du 20e siècle, plus d’une vingtaine de sanatoriums accueillent les tuberculeux. Le premier établissement d’importance voit le jour en 1908. Il s’agit du Sanatorium laurentien qui accueille jusqu’à 350 patients. Puis suivra le Mont-Sinaï, sanatorium de la communauté juive.

 

Le Sanatorium Laurentien . Source : https://media.baladodecouverte.com/294/5b68591965932.jpg

 

Le traitement d’une personne atteinte de la tuberculose pouvant s’étendre sur des années, plusieurs familles s’installent à demeure auprès de leurs malades. Cet apport démographique a un impact significatif dans le développement des Laurentides.

À Val-David, en 1922, la Résidence Sainte-Esther des Sœurs de Sainte-Anne construite à côté de l’église abrite des religieuses atteintes de maladies pulmonaires et d’autres maladies. L’air pur du Nord ne peut leur être que bénéfique.

 

L'église et la résidence/couvent Sainte-Esther vers 1923. Archives Congrégation des Soeurs de Sainte-Anne
L'église et la résidence/couvent Sainte-Esther vers 1923. Archives Congrégation des Soeurs de Sainte-Anne.

 

 

 

Pour en savoir plus: 

DU LAC À LA GARE

 

Les premiers habitants de Val-David s’installent aux alentours du lac Paquin. Au cours des ans, un déplacement vers le cœur du village actuel va s’opérer. Autour des moulins puis de la gare s’installent des artisans et des magasins. L’accroissement de la population fait en sorte que les besoins de la communauté se développent et se diversifient.

 

Village de Val-David, côté est, vers 1910

 

Puisque le cheval est l’allié le plus fidèle du cultivateur et du pionnier pour dessoucher, cultiver et transporter, le travail de forge devient rapidement une activité essentielle. Un cheval aux fers bien entretenus est une nécessité pour le bien-être de la famille dont il fait partie. Le premier forgeron de Val-David fait résonner le marteau sur son enclume près des moulins vers 1886, six ans avant l’arrivée du train. À quelques pas de là, un premier cordonnier offre ses services pour confectionner et réparer bottes et chaussures, mais aussi harnais, selles, harnachements et attelages pour les chevaux.

 

Ferdinand Paquette se porte acquéreur du terrain de Joseph Bélisle, il y érige une forge et une maison familiale en bois de deux étages. Les toits sont lambrissés de bardeaux de cèdre. ( Circuit patrimonial de Val-David) Source de la photo: Répertoire du
patrimoine culturel du Québec

 

En 1892, alors que le train inaugure ses voyages vers Sainte-Agathe-des-Monts, un premier magasin général ouvre ses portes. Sur ses hautes tablettes et ses grands comptoirs, le magasin général offre à sa clientèle des centaines de produits et marchandises. Il tient lieu d’épicerie, de quincaillerie, de mercerie, d’armurerie, de pharmacie, bref, c’est le dépanneur du coin ! On y vend entre autres, des lampes à l’huile, du tabac, des chapeaux de paille et de feutre, des peignes, des souliers, de la mélasse et des cordes de violon.

 

Magasin général et bureau de poste d' Isaïe Deschamps, vers 1910

 

Au début du 20e siècle, deux fromageries et une boulangerie permettent aux familles de se procurer des produits de qualité. Le pain pétri à la main est cuit dans un four à bois qui répand une odeur alléchante à proximité du moulin à scie. Une fois par semaine, le pain est embarqué dans une voiture tirée par un cheval et livré dans les rangs éloignés.

Le cœur du village s’est transporté du lac à la gare qui devient un lieu de rencontre pour les commerçants et les villageois. Le chant de la chaudière et des roues grinçant sur les rails appelle sur le quai les chauffeurs, les hôteliers et les restaurateurs. Fascinés par ce monstre d’acier, les enfants ne manquent pas l’occasion d’observer les manœuvres du chef de gare et les passagers qui arrivent de si loin.

 

Vue du chemin de fer du CPR (côté ouest), Belisle Mills; on y aperçoit probablement les édifices des moulins Bélisle. carte postale, sans date. BAnQ

L'ÉGLISE

 

Au début de l’établissement, suivre les offices religieux n’est pas chose facile. Les catholiques de Val-David se rendent à l’église de Sainte-Adèle érigée en 1852 ou à la paroisse de Sainte-Agathe-des-Monts à laquelle ils sont rattachés et où l’abbé Ritchot célèbre la messe. Malgré leurs appels à l’évêque du nouveau diocèse de Mont-Laurier, l’autorisation de célébrer des messes au magasin général Deschamps leur est refusée.

En 1917, victoire ! La requête pour obtenir le statut de paroisse est acceptée. Une paroisse est la plus petite unité administrative à l’intérieur d’un diocèse. Bien que dépendante à plusieurs égards de la hiérarchie ecclésiastique, elle n’en permet pas moins d’acquérir un statut important. Dans le Québec de l’époque, il s’agit d’une étape incontournable qui permet à la communauté qui compte 71 familles, de développer son autonomie tant aux points de vue religieux que civil.

La croisée du Chemin de la rivière et de la Montée Trudeau est l’endroit privilégié par plusieurs citoyens pour l’érection de l’église. Le don d’un terrain par Léonidas Dufresne qui tient un magasin général à proximité de l’église actuelle va changer la donne.

Le 26 août 1917, une première chapelle, construite par le charpentier Joaquim Reid au coût de 2400 $ accueille ses premiers paroissiens. La messe est célébrée par Ernest Brousseau, premier curé de la nouvelle paroisse appelée Saint-Jean-Baptiste-de-Belisle’s-Mill. Mais la chapelle deviendra rapidement trop petite.

 

La Chapelle St Jean Baptiste-de-Bélisle de 1917.
La Chapelle St Jean Baptiste-de-Bélisle de 1917. Dessin, Archives de la SHPVD

 

En mai 1920, on procède à la construction de l’église paroissiale, selon les plans de l’architecte René Richer. La chapelle reste en place pour servir de sacristie. Au coût de 15 000 $, l’église est enfin terminée juste pour les célébrations de Noël 1920.

 

L'Église de Val-David en construction en 1920
L'Église de Val-David en construction en 1920. Photo Archives de la SHPVD

 

Ce nouveau bâtiment mesure 125 pieds de longueur sur 50 pieds incluant la sacristie. Les murs de l’intérieur sont lambrissés de tôle embossée de dessins de fleur de lys et les murs extérieurs de clin de gorge : des planches de bois qui donnent une certaine originalité par leur forme taillée.

 

Église Val-David: intérieur vers 1940
Église Val-David: intérieur vers 1940. Archives de la SHPVD

 

Un orgue Casavant fabriqué à Saint-Hyacinthe en 1906 est installé dans l’église en 1979.

 

Plaque de l'orgue Casavant encore visible dans la salle communautaire. Photo: André Villeneuve

 

Photo: André Villeneuve

 

Le 11 avril 2005, la Fabrique de la Paroisse St-Jean-Baptiste et la Municipalité du Village de Val-David signent une entente pour le partage des espaces de l’Église. La baisse de fréquentation de l’Église, l’augmentation des coûts d’entretien de celle-ci, les besoins grandissants en salles communautaires de la municipalité, tout concourt à la signature d’une telle entente. Mais la situation évolue rapidement. En 2006, la paroisse est de St-Jean-Baptiste est abolie. Val-David n’est pas seule dans le mouvement : Lantier, Saint-Lucie, Val-des-Lacs perdent leurs paroisses au profit d’une paroisse de Sainte-Agathe élargie.

En octobre 2009, la municipalité entreprend des négociations avec la Fabrique de la paroisse de Sainte-Agathe en vue de la cession de l’Église et du terrain au bénéfice de la communauté val-davidoise. La cession (ou la vente) se réalise finalement le 8 février 2012.

 

Pour en savoir plus 

DE BELISLE'S MILL

À VAL-DAVID

 

Depuis l’acquisition du moulin par Joseph Bélisle en 1878, puis par la mise en service de la gare en 1892, le territoire de Val-David est connu sous l’appellation de Belisle’s-Mill. Ce nom est confirmé par la fondation de la paroisse de Saint-Jean-Baptiste-de-Belisle-Mill en 1917.

 
Vue du village de Val-David et de sa gare, carte postale, année inconnue. Source:BANQ.

 

En 1921, le Village veut se doter de services d’électricité, d’eau courante, d’égouts et de routes carrossables. Au début de l’année, 92 citoyens du secteur dit de Belisle’s Mill de la municipalité de paroisse de Ste-Agathe-des-Monts font parvenir au gouvernement du Québec une requête. Ils demandent la création d’une nouvelle municipalité sous le nom « Municipalité du village de St-Jean-Baptiste de Bélisle ». On propose que la municipalité occupe le territoire de la paroisse nouvellement créée.

 

Photo dans les années 1990. Source: Ski-Se-Dit

 

 

 

 

 

 

En 1921, Saint-Jean-de-Belisle est érigé en municipalité. La première élection a lieu le 23 juin de la même année. Léonidas Dufresne est élu maire.

 

En 1923, le bureau de poste est nommé Bureau de poste Val-David.

 

Sur la rue de la Gare, premier magasin de Léonidas Dufresne 1912 ~ 1929, qui abritait aussi le bureau de poste à partir de 1926.
 
 

Il porte le nom de Mont-Morin jusqu’en 1901, puis celui de Belisle’s Mill de 1901 à 1923. Val-David est choisi en l’honneur de Louis Athanase David, député du comté à l’Assemblée nationale et Secrétaire de la province de Québec. Son œuvre politique est particulièrement importante puisque c’est sous sa gouverne que sont créées les premières grandes institutions culturelles québécoises, telles que les Archives nationales, le Musée national des Beaux-arts du Québec et les écoles des Beaux-arts de Montréal et de Québec. Athanase David a laissé sa marque dans plusieurs domaines, dont la culture, l’éducation et la santé. Lorsque Val-David se dote d’une commission scolaire en 1923, elle porte aussi de nom de Val-David.

 

Rue-de-l'Église, Val-David, vers 1930
Rue de l'Église, Val-David, vers 1930

 

Le 30 juin 1944, lors de sa parution dans la Gazette officielle, Val-David devient la désignation de la municipalité.

Bien qu’une localité ayant dépassé les 2000 habitants puisse demander la désignation de « ville », Val-David choisit de conserver sa dénomination de « village » considérant que le village est une entité à échelle humaine qui fait de ses citoyennes et ses citoyens des membres à part entière des décisions sociales, économiques et écologiques.

LES ÉCOLES

 

Jusqu’à ce qu’elle impose sa présence en éducation, l’église perçoit l’acquisition de connaissances générales comme un moyen d’éloigner les jeunes gens de leur apprentissage sur la terre et de les rapprocher des sentiers de perdition conduits par la liberté de pensée. À partir de 1829, année d’adoption de l’Acte pour encourager l’éducation élémentaire, le milieu rural voit apparaître des écoles de rang. Ces modestes écoles permettront à des générations d’enfants de faire connaissance avec le français, l’arithmétique, l’histoire, la géographie et bien entendu la religion.

 

Archives: SHPVD

 

La plupart des écoles de rang sont des maisons en bois percées d’une fenestration abondante permettant l’entrée de la lumière nécessaire aux apprentissages. Le rez-de-chaussée est pourvu d’une seule grande pièce où la classe est aménagée. Règle générale, l’étage est réservé à l’appartement de l’institutrice qui y demeure en permanence. Les élèves sont d’âge et de niveaux différents. Pendant les leçons d’alphabet aux plus petits, les plus grands font des calculs ou des travaux de lecture et d’écriture.

Au début des années 1860, une première école de rang est ouverte dans le secteur du lac Paquin sur le 10e rang. Le lac Paquin garde son école de rang jusqu’au début des années 1960 alors que la création du transport scolaire entraîne la disparition de ce genre d’institution.

 

École du 8è rang au Lac Paquin. Archives: SHPVD

 

Plus lents à se développer, les secteurs du futur village (autour de la gare et des moulins) et celui du rang Doncaster sont dotés d’une école de rang en 1910.

 

École de rang, Bélisle'Mill, vers 1910

 

L’école du village — sur le chemin de la Rivière — est abandonnée en 1923 au profit de la nouvelle Académie du Sacré-Cœur construite à proximité de l’Église à la demande des Sœurs de Sainte-Anne. Elles y enseignent pendant plus de 50 ans. En 1951, la population ayant augmenté au point de devoir tenir des classes dans la sacristie de l’église, l’Académie est remplacée par une école neuve. En 1960, Val-David se dote d’une seconde école primaire « moderne » : l’École Saint-Jean-Baptiste.

 

Académie du Sacré-Coeur. Archives: SHPVD

 

Pour en savoir plus 

LES AUBERGES

 

En 1931, une première auberge accueille les touristes. Il s’agit d’une maison de pension au nom évocateur : la Villa mon repos. Elle est située sur le Chemin de la rivière à proximité du lac Doré où plusieurs vacanciers y louent des chalets. La pension offre six chambres au prix de 12 $ à 15 $ par personne, incluant les repas, pour une semaine entière !

 

Publicité Villa Mon Repos. Source: La Tribune , juillet 1946

 

En 1932, la Pension Laubenstein ouvre ses portes. Située à proximité de la montagne, elle prend le nom d’Hôtel Mont-Condor en 1945 et attire les fervents d’escalade en mal de franchir la fameuse aiguille de pierre. Puis, en 1944, John Parker fait construire un chalet au bord du lac Paquin. La nature y est grandiose et attire des amis et des amis des amis. Si bien qu’en 1948, John Parker se fait aubergiste et ouvre The Parker’s Lodge qui reçoit ses premiers clients et le fait toujours de nos jours !

 

Le Parker's Lodge en 1948. Dessin de Sonia Paquin, 2000.
Le Parker's Lodge en 1948. Dessin de Sonia Paquin, 2000.

 

L’établissement hôtelier le plus réputé de Val-David est sans nul doute La Sapinière. En pleine crise économique, Léonidas Dufresne, premier maire de Val-David, procure du travail à ses commettants en entreprenant la construction de ce vaste complexe. L’ouverture de l’auberge et de ses 20 premières chambres a lieu le 24 juin 1936. Le succès est immédiat et en 1940 un agrandissement ajoute 20 nouvelles chambres à l’établissement. Puis, quatre pavillons seront construits au cours des ans. Jean-Louis, qui a pris la relève de son père, est le premier au Québec à aménager une cave à vin où il organise des dégustations de vins et fromages. Dès 1945, avec la collaboration du gouvernement du Québec, la Sapinière se dote d’une vocation pédagogique et dispense les premiers cours d’hôtellerie et de cuisine. En 1969, La Sapinière devient membre de « Relais et châteaux » qui regroupe des hôtels de luxe et des restaurants gastronomiques partout dans le monde. En plein baby-boom, de nombreux nouveaux mariés viennent y passer leurs voyages de noces. Ils peuvent y côtoyer plusieurs personnalités, dont Omar Shariff et Gilbert Bécaud. On raconte que les joueurs du Canadien de Montréal venaient s’y cloîtrer durant les séries éliminatoires !

 

La Sapinière; Archives SHPVD

 

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L'ESCALADE

 

Au cours des années 1920, en pleine crise économique, plusieurs personnes influentes, Européens d’origine, marquent l’avenir de Val-David en propulsant les sports de plein air à leur plein potentiel. Il s’agit de Herman Smith-Johannsen, mieux connu sous le nom de Jackrabbit, d’Émile Maupas et le Suisse John Brett qui fait connaître les parois des monts Césaire, King et Condor.

 

Sports de plein air. Archives SHPVD

 

De prime abord, les sommets arrondis des vieilles montagnes des Laurentides ne semblent pas propices à l’alpinisme et à l’escalade. Et pourtant. Le territoire de Val-David est marqué par un relief accidenté. À certains endroits, l’altitude augmente drastiquement. Favorables à l’escalade, les parois granitiques de Val-David offrent aux grimpeurs des montées de 100 mètres. Dans la région, onze sommets ont plus de 460 mètres d’altitude. Aujourd’hui, au parc régional Val-David–Val-Morin, plus de 500 voies en parois mettent à l’épreuve les talents des grimpeurs, sans compter autant d’occasions d’escalades sur les immenses blocs erratiques qui parsèment le parc.

 

Escalade de rochers à Val-David en 1948, carte postale. BAnQ

 

Au cours des années 1950 et 1960, bien plus qu’un moyen de s’entraîner, l’escalade de falaise est considérée comme une activité en soi. À Val-David, la conjugaison des forces des pionniers de l’escalade, des amateurs avertis, des grimpeurs professionnels, des grands propriétaires et des élus permet la création de structures locale, régionale et nationale pour la promotion de l’escalade au Québec. Ainsi naîtront regroupements, écoles, et réseau d’hébergement (notamment l’auberge Le Rouet) autour des activités de grimpe. En 1969 l’ONF tourne Les Rochassiers., le premier film canadien consacré à l’escalade.

 

Falaises servant à la pratique de l'escalade à Val-David. Photo de Claude Savard, Collection Ski-se-Dit.

 

En 2021, aux Jeux de Tokyo, la discipline est officiellement reconnue comme sport olympique. 

 

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LE TOURISME

 

Depuis l’inauguration de la gare en 1892, si le train en partance de Val-David transporte une quantité importante de bois d’œuvre, de bois de chauffage et de billots, celui qui revient vers le Nord est de plus en plus apprécié par les touristes, les adeptes de sports de plein air, les chasseurs, les pêcheurs et les amoureux de la nature. À Val-David, le tourisme demeure toutefois une activité économique de second plan.

Le jeudi 24 octobre 1929, la bourse de New York s’effondre emportant avec elle l’économie occidentale. Tous les pays et toutes les régions sont touchés par la grande dépression. Au Canada, le chômage passe de 4 % à 27 %. Comme partout ailleurs, Val-David en subit les contrecoups. Une petite manufacture de vêtements de travail doit fermer ses portes. Le travail est rare. La pauvreté s’installe.

Délaissant les activités traditionnelles du bois et de la terre, l’économie de Val-David se tourne résolument vers le tourisme qui devient rapidement la principale activité économique.

 

Skieurs à St-Jean-Baptiste-de-Bélisle vers 1930 (Lac Paquin). Collection SHPVD
Skieurs à St-Jean-Baptiste-de-Bélisle vers 1930 (Lac Paquin). Collection SHPVD

 

La colonisation n’est plus qu’un lointain souvenir. Les établissements hôteliers qui logeaient jusqu’alors les visiteurs de passage et les colons en route vers leurs terres, doivent répondre à la demande croissante des villégiateurs. Plusieurs habitants profitent de l’occasion pour convertir leurs bâtiments en chalets ou en maisons de pension. Au cours des ans, la restauration connaît également un essor. Dans le village et le long des routes se côtoient les « stands à patate » et les bons restaurants.

 

Golden lake et les alentours . Archives SHPVD

 

Les nombreux attraits touristiques naturels des Laurentides et de Val-David représentent l’avenue privilégiée par laquelle s’amorce la relance économique. Ski, escalade, sports nautiques, randonnées et camps de vacances complètent les activités traditionnelles de chasse et de pêche pour offrir en hiver comme en été des occasions de plaisir qui semblent n’avoir de limites que dans l’investissement et l’imagination de leurs maîtres d’œuvre. Au cours des ans, plusieurs grandes familles de la région de Montréal se font construire des résidences secondaires, notamment les McConnell, les Berthiaume, les Scroggie, les Cardy… La princesse Elisabeth, future reine du Commonwealth britannique, passe même quelques jours au lac Paquin en 1951.

 

Le Manoir de John-Wilson McConnell au Lac du Gore, vers 1930.
Le Manoir de John-Wilson McConnell au Lac du Gore, vers 1930.

 

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LES VOIES DE TRANSPORT

 

Au début, il n’y avait rien, que des sentiers d’arpenteurs, de chasseurs et de pionniers et des fractions de rivières navigables selon les saisons. Puis, entre les villages des Laurentides, quelques chemins serpentant de vallée en vallée ont été défrichés. Mal entretenus, couverts de neige ou remplis de boue, les chemins ne servaient souvent qu’à rappeler aux habitants combien ils étaient isolés du reste du monde.

La révolution du transport débute en 1892 lorsque le train arrive en gare et fait la jonction entre Montréal, Saint-Jérôme et Mont-Laurier. Les portes du Nord s’ouvrent alors et plusieurs en profiteront pour découvrir une nature grandiose et ses opportunités de développement. Un réseau routier local est cependant essentiel pour transporter les voyageurs, les touristes de plus en plus nombreux et les marchandises.

 

Carte des chemins existants fin XIXème siècle . Archives SHPVD

 

Au début du 20e siècle, il existe bel et bien une route qui suit sensiblement le tracé de l’actuelle route 117 entre Rosemère et Mont-Laurier, mais elle est à peine carrossable. En 1926, après maints appels de la population des municipalités laurentiennes, le gouvernement provincial prend à sa charge l’entretien de la Grande Ligne (la route 11). Au cours des années qui suivent, pour le meilleur et pour le pire, les chevaux et leurs charrettes, carrioles et carrosses cèdent la place aux automobiles, aux camions et aux autobus. L’hiver, Val-David demeure cependant isolée, sauf pour le train.

 

Grève de la voirie 1939

 

À partir des années 1940, le réseau ferroviaire perd peu à peu au profit des véhicules à moteur. Depuis 1941, la route 11, l’actuelle 117, est praticable en hiver comme en été. Elle transporte marchandises et voyageurs jusqu’à Mont-Laurier. En 1958, débute la construction de l’autoroute des Laurentides, la première autoroute du Québec. C’est l’âge d’or de l’automobile. Le nombre de véhicules circulant au Québec passe de 106 en 1906 à plus d’un million en 1960. À l’époque, la préoccupation écologique est loin d’être une priorité ! Après plusieurs tergiversations, l’autoroute rejoindra finalement Val-David en 1973.

 

La route 11. Source :Laurentian on parade, 1937

LA BUTTE À MATHIEU

 

Source: Reportage touristique dans les Laurentides au nord de Montréal
Gilles Richard 1964

 

De 1959 à 1976, au cœur de la Révolution tranquille du Québec, la Butte à Mathieu, première boîte à chanson hors Montréal, attire tous les talents à Val-David. Comédiens, poètes, peintres, écrivains, sculpteurs, céramistes se donnent rendez-vous autour d’une cohorte de chanteurs et de chanteuses qui ne savent pas encore qu’ils marqueront à jamais la culture québécoise et que leur talent franchira les frontières.   

 

Périodique saisonnier présentant les spectacles et les artistes invités à La Butte à Mathieu à l'été 1965. Collection SHPVD.
Périodique saisonnier présentant les spectacles et les artistes invités à La Butte à Mathieu à l'été 1965. Collection SHPVD.

 

En 1959, Gilles Mathieu ouvre une première salle de spectacles sur la rue Monty à Val-David. L’endroit est vite trop petit pour accueillir les amateurs de chanson. En 1960, c’est dans l’ancien atelier de menuiserie de son père perché sur une butte que Gilles Mathieu aménage une nouvelle salle décorée de cages à homard, de nappes à carreaux et de chandeliers fabriqués à partir de bouteilles de Chianti. Le nom de l’endroit est tout désigné, c’est la Butte à Mathieu.

 

source: Journal des citoyens 21 novembre 2019

 

Jean-Pierre Ferland, Félix Leclerc, Diane Dufresne, Gaston Miron, Pauline Julien, Claude Gauthier, Raymond Lévesque, Claude Léveillée, Robert Charlebois, Clémence Desrochers font partie de cette vague d’artistes qui fouleront les planches de la Butte et feront vibrer le cœur de Val-David et du Québec tout entier.

 

Dépliant publicitaire pour les 50 ans de La Butte. Collection SHPVD.

 

Plantée au milieu d’une nature généreuse, dans un village chaleureux, la Butte à Mathieu attire comme un aimant des artistes de toutes les disciplines. Dans le sillage du mouvement hippie des années 1960, plusieurs y verront l’occasion de s’éloigner de la ville pour vivre de leur art et s’épanouir dans une communauté qui leur ressemble.

 

En 1974, la Butte à Mathieu vit des difficultés financières. L’industrie de la musique a évolué et les chanteurs se produisent désormais dans de plus grandes salles. La Butte ferme définitivement ses portes en 1976.

Bien qu’éphémère, la belle aventure des boîtes à chansons a été féconde au plan artistique. Leur apparition a permis l’éclosion de nombreux talents chez les auteurs-compositeurs et les interprètes, mais surtout par l’émergence d’une industrie culturelle.

Gilles Mathieu vend son entreprise aux propriétaires des Deux Pierrots. Jusqu’à la fin des années 1990, le Théâtre de la Butte y présente des spectacles, souvent sous la formule de soupers-spectacles ou de soupers « meurtre et mystère ». Délaissé au cours des ans, l’édifice de la rue Monty est démoli en 2006.

 

Marie Christine et Yvan Lebeuf, propriétaires du Théâtre de la Butte en 1994. Collection journal Ski-se-Dit.
Marie Christine et Yvan Lebeuf, propriétaires du Théâtre de la Butte en 1994. Collection journal Ski-se-Dit.

 

 

Pour en savoir plus:

LES ARTISTES ET LES REGROUPEMENTS

 

Au cours des années 1960, venus d’un peu partout au Québec, des artistes viennent grossir les rangs des familles issues des premières générations de pionniers. Hors de Montréal, Val-David devient l’épicentre d’un mouvement artistique qui implante si profondément la culture, l’environnement et le féminisme comme partie intégrante du village que ses habitants le définissent comme « un monde à part ».

À l’été 1975, sur le terrain de la Butte à Mathieu a lieu le premier Marché des artisans de Val-David. L’année suivante, alors que Montréal accueille les Jeux olympiques, la seule véritable activité culturelle hors de la métropole se tient à Val-David. Pour l’occasion, on y a construit des kiosques pour les artistes et les artisans et des dômes géodésiques où des activités sont proposées à des visiteurs venus de partout.

 

Archives: Jocelyne Aird-Bélanger

 

De ces marchés naissent les Créateurs associés, un des plus grands regroupements d’artistes du Québec. Les Créateurs associés acquièrent une maison, rue de l’Église qui deviendra le Centre d’exposition de Val-David.

 

La maison du Village Val-David en 2005. Photo Claude Proulx.
La maison du Village Val-David en 2005. Photo Claude Proulx.

 

En 1977, les artistes en art imprimé se regroupent pour partager l’expertise, les connaissances et les coûteux équipements dont ils ont besoin. L’Atelier de l’île est créé. De son pied-à-terre d’origine à l’île Saint-Louis, il poursuit sa mission de recherche, de création et de production dans ses locaux actuels situés au cœur du village.

 

collection: Jocelyne Aird-Bélanger

 

Si Val-David possède un riche passé culturel, il a aussi un brillant avenir. Le talent de nombreux jeunes artistes illumine les anciens parcours et défriche de nouveaux territoires de création. Le LéZarts Loco, les Contes maltés, la Chorale Au cœur du Nord, le Big Bang Fest , les programmations du Mouton noir et du Baril roulant , l'Allée des créateurs pendant l'été et le Salon des artisans, fin novembre ou début décembre, en sont des exemples éloquents.

 

 

Pour en savoir plus: 

LE P'TIT TRAIN DU NORD

En 1960, sur la ligne du train du Nord, le Canadian Pacific cesse le service de passagers. Outrée, la communauté se mobilise et fait pression pour obtenir la poursuite des opérations. En 1977, VIA Rail remet en service un train de trois wagons : départ le samedi matin de Montréal et retour le dimanche soir de Labelle. Ce service réduit ne convainc personne si bien qu’il est abandonné en 1981. Le transport de marchandises se poursuit jusqu’en 1989.

Le Petit train du nord lors de son dernier voyage en octobre 1981 avec la famille de M Philippe Pedneault à la gare de Mont-Laurier. Photo par M Harold Ouellette/L'histoire de Mont-Laurier et du comté d'Antoine-Labelle.

Un an plus tard, les rails sont démantelés. Ne reste plus qu’un long couloir d’herbes folles sillonnant les montagnes et les vallées.

La piste du train, crédit photographique Paul Carle, 2019

L’annonce par la compagnie de chemin de fer de démanteler la voie ferrée de St-Jérôme à Mont-Laurier, amène la démolition de la gare de Val-David en 1985, ce qui porte un dur coup aux férus de la conservation du patrimoine du village.

 La majorité des gares, de Saint-Jérôme à Mont-Laurier sont préservées par des rénovations ou sont converties pour en faire des commodités publiques telles que des auberges, des musées, des bureaux d’information touristique et des restaurants.

En 1988, la communauté met de l’avant un tout autre projet : celui de convertir le tracé du train en un parc accessible à tous. Après l’achat de l’emprise ferroviaire par le gouvernement du Québec en 1994, le Parc linéaire du P’tit train du Nord est inauguré en 1996. Longue de 234 kilomètres, la piste relie Laval à Mont-Laurier. Elle peut être parcourue à pied ou à vélo. Comme il s’agit à l’origine d’un parcours destiné au passage des trains, le dénivelé se grimpe en une pente très douce traversant des paysages grandioses et rejoignant villes et villages.

 
 
Parc Linéaire à Val-David. Photo: André Villeneuve

En 1997, un nouveau bâtiment s’érige : La Petite Gare de Val-David, aux abords du Parc Linéaire, dans l’environnement immédiat de l’ancienne gare. Les plans soumis par le spécialiste du patrimoine architectural, Louis Pelletier à Val-David, sont réalisés selon le modèle de la première gare. La Petite Gare de Val-David, trouve une vocation de commodité et d’animation publiques.

La gare de Val-David à l'été 1998. Collection Ski-se-Dit.

Pour en savoir plus: 

LE PARC RÉGIONAL DE VAL-DAVID-VAL-MORIN

Vaste territoire de près de 600 hectares, le Parc régional de Val-David – Val-Morin a une longue histoire. Depuis 100 ans, Val-David est reconnu par les adeptes des sports de plein air. Nombreux sont les passionnés qui ont débroussaillé les pistes à travers la forêt ou planté des pitons sur une paroi d’escalade. Ils le faisaient sur les terres de la couronne, sur celles de propriétaires consentants ou pour des entreprises touristiques. Au cours des ans, l’accroissement de la fréquentation et la diversité des activités vont contraindre les communautés à se pencher sur l’organisation du territoire. Les centres de ski, les clubs de plein air, les associations de motoneigistes, les écoles d’alpinisme, les randonneurs et les aubergistes doivent s’entendre.

À l'arrière plan une montagne qui ferait partie du parc provincial...trois artisans et intéressés au projet: MM. Denis Gravel , directeur général de la Fédération québécoise de la montagne, Jean-Louis Dufresne, propriétaire de la Sapinière et Jean-Paul Côté , assistant provincial des Frères des écoles chrétiennes.

 

En 1975, la Fédération québécoise de la montagne présente un projet de protection du parc. Le projet reçoit un accueil favorable auprès des instances gouvernementales. Le parc est créé, mais son territoire est restreint. Les pistes traversent plusieurs propriétés privées toutes susceptibles d’être vendues. C’est d’ailleurs ce qui va se produire au cours des ans. À plus d’une reprise, les communautés doivent se mobiliser pour s’opposer à des projets immobiliers qui auraient morcelé le territoire et réduit son accessibilité. Ainsi, en 2003, alors qu’un promoteur présente un projet résidentiel de 160 maisons, un référendum est organisé pour démontrer la détermination de la population pour la préservation du parc. La campagne « Le Parc, oui, je le veux » remporte une adhésion sans équivoque qui est prise en compte par les élus.

Campagne pour le Oui lors du référendum de 2003.
Campagne pour le Oui lors du référendum de 2003.

 

En 2005, les conseils municipaux de Val-David et de Val-Morin votent les crédits et les avis d’expropriation nécessaires à la consolidation du parc. En mai 2006, une cérémonie d’ouverture officialise le statut du parc.

L’histoire du parc est également marquée par un triste événement. En 2002, la nécessité d’aménager un stationnement contraint le conseil municipal de Val-David à exproprier un secteur connu sous le nom de Guindonville, du nom de son propriétaire. Un an plus tard, sept maisonnettes y sont démolies et leurs locataires expulsés. Des manifestations sont organisées. Certains y voient une occasion saisie par l’administration pour se débarrasser d’une population démunie. En peu de temps, Guindonville devient le symbole de la défense du logement social au Québec. En vain. Neuf personnes sont arrêtées et les maisons sont démolies.

 

Pour protester contre la démolition des petites maisons d’Yvon Guindon, des gens se sont enchainés aux arbres et ont offert une résistance passive pendant des semaines à l’été 2003. C’est sur ces terrains que le chalet d’accueil Anne-Piché est aujourd’hui installé.
Source: Journal Ski-se-Dit

 

Le 2 mars 2016, le gouvernement du Québec assure la protection et l’intégrité du parc pour les générations futures en lui accordant le statut de réserve naturelle à perpétuité. Un titre acquis de chaudes luttes grâce à l’implication inlassable des citoyennes et des citoyens des deux municipalités.

Aujourd’hui, le parc offre entre autres 53 kilomètres des sentiers de randonnées et de ski de fond, 500 voies d’escalades, 9 couloirs de télémark, 31 km de sentiers de raquette et tout autant pour le vélo de montagne. De quoi se gaver d’air et de beautés.

La carte des entiers dans le parc régional Val-David/Val-Morin en 2019.

 

parcregional.com

 

 

Pour en savoir plus: 

RENOMMÉE CULTURELLE

 

La Butte à Mathieu a labouré les premiers sillons de la renommée culturelle de Val-David. Depuis, plusieurs événements de grande envergure ont coloré la vitalité créatrice valdavidoise. Les 1001 pots et les Jardins du précambrien sont des incontournables.

 

1001 pots

 

En 1988, le céramiste Kinya Ishikawa organise une première exposition de poterie sur le terrain de sa maison à Val-David. 1001 pots est né. Année après année, la foire-exposition attire de plus en plus d’artisans céramistes passant d’une dizaine à une centaine d’exposants. La notoriété de 1001 pots dépasse les frontières si bien que l’événement est reconnu comme l’une des plus grandes rencontres d’artistes céramistes en Amérique. Chaque année, les amateurs redécouvrent la finesse et l’originalité de cet art qui conjugue la créativité et l’habileté à la réalisation d’objets uniques, décoratifs, sculpturaux ou fonctionnels. L’événement est ponctué par la Bal des lucioles, un spectacle de tambours japonais et une incontournable visite du Jardin de silice.

 

 

Les Jardins du précambrien

 

Depuis 1975, les terres de René Derouin se sont enrichies de sentiers où l’art s’intègre à la nature. Au cours des ans, l’artiste multidisciplinaire a invité artistes en art visuel, poètes – Gaston Miron en tête -, musiciens, géographes, historiens et même politiciens à participer à un Symposium annuel. La démarche de René Derouin s’inscrit dans le territoire, le sien, celui de l’Amérique. L’endroit accueille des artistes québécois, mais aussi des artistes des Amériques, du Mexique, du Pérou, du Brésil et du Canada. En 1995, la Fondation Derouin est créée et prend en charge l’organisation des symposiums. Le parcours de trois kilomètres des sentiers est un voyage au cœur de la nature et de l’imaginaire qui se poursuit par des performances d’artistes offertes à l’agora des Jardins.

 

 

Pour en savoir plus :

LA CLEF DES CHAMPS ET LE MARCHÉ PUBLIC

 

La Clef des champs

Lien avec l’agriculture et la gastronomie créer un lien La Clef des champs est une entreprise novatrice qui cultive, transforme et distribue des plantes médicinales et des herbes biologiques. En 1980, après un long périple à travers les Amériques, Marie Provost créée la Clef des champs à même sa cuisine et son jardin. À l’époque, l’herboristerie est une discipline peu connue au Québec. Pionnière, Marie Provost publie un premier livre consacré aux herbes du Québec et enracine sa pratique dans les jardins en terrasse à Val-David. En 1993, une première ouverture au public rend compte de l’intérêt grandissant de l’herboristerie. Depuis, la Clef des champs permet à ses visiteurs de parcourir un circuit de visite, de se désaltérer à son salon de thé et de faire provision de produits à sa boutique. Après en avoir été présidente, Marie Provost est toujours impliquée dans la Guilde des herboristes et participe à des études conjointes entre autres, avec le Jardin botanique et le département de pharmacologie de l’Université de Montréal.

 

Source: site de Val-David

 

Le marché public de Val-David et la gastronomie

Depuis 2001, le marché public de Val-David offre une diversité de fruits, de légumes et de viandes provenant directement des agriculteurs et des producteurs, sans intermédiaires. Au cours des ans, aux produits traditionnels, toujours de la meilleure qualité, se sont ajoutés des aliments véganes, bios et prêt-à-manger. Au-delà du marché public, le plaisir de manger se poursuit à l’une des tables de restaurants de Val-David où plusieurs chefs réputés concoctent de succulentes découvertes gastronomiques.

 

Source: site de Val-David

 

Pour en savoir plus: 

Le marché public

EN GUISE DE CONCLUSION

 

Rendez-vous en 2046

Dans le cadre du centenaire de la municipalité de Val-David, la Société d’histoire et du patrimoine de Val-David vous a présenté un aperçu des 170 premières années de cette riche région des Laurentides.

Depuis ses tout débuts, Val-David a été une terre d’accueil aux gens, aux idées, aux débats et aux nouveautés. Nous souhaitons que cette longue tradition de partage se poursuive dans l’harmonie, la paix, la bienveillance et l’originalité.

L’histoire est toujours en train de se faire, c’est pourquoi nous vous invitons à communiquer avec la Société d’histoire et du patrimoine de Val-David pour enrichir son fonds documentaire de vos histoires, vos souvenirs, vos images et vos photographies. Les générations futures pourront ainsi construire leur avenir sur les bases solides de la connaissance du passé.

histoirevaldavid.com/contact/

Nous vous donnons rendez-vous en 2046 pour célébrer le 125e anniversaire de Val-David.

N’hésitez pas à nous joindre pour nous livrer vos témoignages, pour corriger d’éventuelles erreurs et nous permettre de numériser vos images, documents et photographies :

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