Pont barrage moulin Belisle

Ne voulant pas réécrire l’histoire inutilement je débute ici en citant intégralement un texte de Claude Proulx, publié sur le site de la Société d’histoire et du patrimoine de Val-David (et également dans son livre Val-David : son histoire, son patrimoine tome I, Val-David, 2001)

En 1859, Louis Papineau, obtient de l’agent des Terres de la Couronne, un billet de colonisation pour les lots trente-deux et trente-trois, dans le dixième rang du Canton Morin. Les ambitions de Papineau sont grandes pour l’époque.

Il bâtit un moulin à eau, sur une île, formée par la rivière du Nord, et le ruisseau Doncaster, et il y opère en tout premier lieu, une scierie à bois. Celle-ci est indispensable aux colons qui, pour se construire des maisons et divers autres bâtiments, viennent de tous les cantons environnants, faire oeuvrer leurs abattages à son moulin. Là, on y taille et on y plane principalement des planches, des poutres et des bardeaux de cèdre.

Vers 1860, Papineau construit un pont en bois sur la rivière du Nord, pour relier Le moulin de l’île, au chemin du Roi (11e rang du Canton Morin), aujourd’hui le chemin de la Rivière.

Ce petit pont qui prend son emprise vis à vis du petit bâtiment des commodités publiques sur le Parc des Amoureux, est remplacé en 1908, par un pont de fer, celui-ci situé à quelque cent mètres en aval de l’ancien.

Gilbert Barbe, un autre pionnier de notre village, se porte acquéreur du moulin à scie en 1872. Casimir Papineau, le fils du fondateur du moulin, en devient propriétaire en association avec Grégoire Labelle de 1876 à 1878.

En 1878, Joseph Bélisle, qui habite avec sa famille au lac Grand-Maison, aujourd’hui le Lac Paquin, achète le moulin. Le nouveau propriétaire perfectionne son moulin à eau et effectue des modifications utiles à l’alimentation en eau à la roue à godets du moulin. Il construit un tuyau de bois d’une longueur de quelque trente mètres de longueur et qui en fait près de deux sur son diamètre. Cette opération donne plus de pouvoir à la turbine.

Bélisle, devient le premier meunier du village en installant un moulin à farine et un moulin à carder la laine. Les cultivateurs apportent au nouveau meunier, surtout de l’avoine et de l’orge avec lesquelles graminées ; on fabrique la moulée pour nourrir les porcs, les chevaux et les veaux. On y fait aussi moudre le sarrazin bleu et jaune pour l’usage domestique.

Les fermières apportent la laine de leurs moutons au moulin à carder pour ensuite la filer sur leur rouet. Cette opération de cardage de la laine s’effectue sous la supervision de Julie Sentenne l’épouse de monsieur Bélisle, laquelle dit-on, fabrique des bâtonnets de sucre d’orge, qu’elle colore et aromatise pour les offrir aux enfants des écoles du village.

Le Moulin Bélisle, est reconnu à dix lieues à la ronde pour ses ouvrages de qualité. La compagnie de chemin de fer Pacifique Canadien baptise donc la gare qu’elle érige ici en 1892 du nom de Bélisle’s Mill Station, nom populaire que prend cette partie de notre territoire cette même année, alors que nous sommes situés dans les limites de la municipalité du village de Ste-Agathe-des-Monts.

Dans son testament qu’il fait rédiger le 21 juillet 1896, quelques jours avant son décès, Joseph Bélisle lègue son moulin à son épouse Julie. Celle-ci confie la gérance des opérations du moulin à Achille Valois, un employé du meunier.

Le trois septembre 1899, Achille Valois, se porte acquéreur des terrains et du moulin et comme on peut le lire dans le contrat : « avec un moulin à scie, un moulin à carder, un moulin à farine, en deux bâtisses, avec tous les agrès et mouvements, moulanges et toutes autres choses faisant partie des dits moulins».

Alexis Poitras achète à son tour les moulins et les terrains en 1900 pour les opérer jusqu’à l’automne de 1907. Durant les hivers les moulins n’opèrent pas.

Joseph-Roch Larocque, un digne commerçant à Saint-Jovite, se porte acquéreur des moulins, le sept avril 1908. Le vieux pont ayant été emporté par la crue des eaux, le nouveau moulinier fait construire un nouveau pont, en fer, qui relie le chemin du Roi à son moulin.

Durant l’été de 1917, les moulins sont entièrement détruits par le feu. Monsieur Larocque fait rebâtir le moulin à eau qui actionne une scierie et une meunerie, mais sans le moulin à carder la laine. Il opère le commerce jusqu’à l’automne de 1926.

Albert Leroux, achète les moulins et ses dépendances le vingt janvier 1927. Leroux fait ériger un barrage au déversement de la rivière dans le Ruisseau Leroux du côté nord-ouest de l’île, pour avantager le flow de l’eau vers son moulin. En 1929, le meunier Albert Leroux érige une superbe maison familiale de l’autre côté de la rivière sur un terrain qui se trouve sur l’emprise du moulin. Guy Ouimet, qui à l’âge de treize ans travaille pour le meunier de 1946 à 1954, raconte que son patron était un homme de grande humanité.

Le meunier opère les moulins à eau jusqu’en 1964 et personne d’autre ne prend la relève des opérations. Une autre tradition historique qui vient de s’éteindre.

Le dix-sept août 1964, Albert Leroux, devenu rentier, vend les moulins, leurs dépendances et les terres à Florent Saint-Louis et Gilles Mathieu.

Le vingt-sept août 1970, François Charbonneau, restaurateur, se porte acquéreur du moulin, puis, le huit mai 1973, Gilles Mathieu, reprend possession de ses actifs hypothécaires dans la transaction avec François Charbonneau. En juin 1974, les moulins et leurs gréements sont démolis. Les lieux sont déserts et Mathieu y construit une belle petite maison en bois de pièce sur pièce, qui fait vingt-quatre pieds sur vingt, qui porte l’adresse civique du 2465, du chemin de l’Île, en bordure de la rivière du Nord, à l’endroit même de l’un des deux hangars du Vieux Moulin.

Cité dans : MA Dufresne, Val-David fragments d’histoire, 1996

Nous remarquons encore une fois l’importance des incendies et des crues printanières dans l’histoire de ces industries. Notons d’abord qu’il est possible qu’au moment de la préparation du plan, présenté en introduction à cet article, en 1888, il n’y ait pas eu de pont ou de traverse de la rivière aux moulins Belisle. Les moulins et possiblement le pont ont également brulé lors du grand feu de forêt de 1903.

 

“Contrairement à ce que les journaux ont annoncé les moulins C.E. Parent et de Côté et fils, de Ste-Agathe, ne sont pas brulés. Il n’y a que le moulin Marier , appartenant à l’honorable M. Préfontaine, et celui de M. Belisle qui sont brûlés. Le Canada, 1903-1954, 8 juin 1903
 

Le pont a bénéficié en 1906-1907 d’une subvention de 100 $ du gouvernement provincial pour sa reconstruction (l’Avenir du Nord, 5 juin 1908). La dénivellation de la rivière étant ici moindre qu’aux moulins Marier, on sciait le bois franc au printemps, quand les eaux étaient hautes; on sciait par la suite le bois mou.

Les meuniers des moulins du village (M.A. Dufresne, Val-David, fragments d’histoire, 1996)

                 de 1872 à 1876   Gilbert Barbe

                 de 1876 à 1878   Grégoire Labelle et Casimir Papineau

                 de 1878 à 1896   Joseph Bélisle

                 de 1899 à 1900   Achille Valois

                 de 1900 à 1908   Alexis Poitras

                 de 1908 à 1927   Joseph Roch Larocque

                 de 1927 à 1964   Albert Leroux

Le vieux pont du moulin est devenu le pont piétonnier qui relie l’Ile et le parc des amoureux (BanQ, carte postale non datée)
 
 

La dam des scieries de Belisle Mills probablement vue du pont, carte postale, BanQ, non datée (probablement vers 1925)
 
 

Le pont actuel sur le site des anciens moulins, crédit photographique Paul Carle, 2019
 
 

Vue du pont-passerelle actuel sur le site des anciens moulins, crédit photographique Paul Carle, 2019

 

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