Capsule historique : Établissement des pionniers de Val-David (1849-1851)

Par Michel Allard, historien

 

Une tâche colossale attend les nouveaux colons du territoire actuel de Val-David. Les guides du colon conseillent fortement  aux pionniers  de partir de préférence au printemps, accompagnés d’amis ou de parents  et de revenir l’année suivante chercher leur  conjointe et les autres membres de leur famille. C’est le cas des deux frères Narcisse et Olivier Ménard  et  de leur futur beau-frère  Jean-Baptiste Dufresne. Partis de Saint-Benoît en 1849. Ils se rendent  d’abord à Saint-Jérôme situé au bout du monde avant de s’aventurer, en empruntant, faute de chemins,  des sentiers sans doute d’abord tracés par quelque trappeur ou arpenteur.  Arrivés à leur lot respectif situé dans les rangs 7 et 10 du canton Morin, ils se mettent à la tâche tout en combattant les moustiques. Après avoir arraché  et   brûlé  les « fardoches » (broussailles) « … ils se construisent une maisonnette, ou chantier en bois rond, puis ils  s’attaquèrent avec ardeur  à la forêt  abattant et  culbutant les érables, les sapins  et les grands pins ». -1 Une fois leur lot partiellement défriché, ils reviennent chercher dans, le cas des frères Ménard leurs épouses; Dufresne, quant à lui, revient convoler en justes noces avec Louise-Flavie la sœur des frères Ménard. Marie-Josephe Chartrand, mère des deux frères Menard et de leur sœur Flavie les accompagne à leur retour dans le nord l’année suivante. On la connaît mieux sous le nom de la Vieille Ménard ou Mère Ménard

L’établissement des familles

De retour sur leur lot avec leurs épouses et la mère Ménard,  les  pionniers  doivent  compléter le défrichement, essoucher, procéder aux semailles, creuser un puits améliorer l’habitation primitive, construire des bâtiments de ferme, ériger des clôtures. Il leur faut, si possible, semer quelques légumes à travers les souches afin de s’assurer  l’automne venu, d’une certaine indépendance alimentaire. De plus, les  nouveaux colons doivent chasser et pêcher pour nourrir  leur famille. Toutes ces tâches requièrent des bras, de la patience et de l’énergie de tous les membres de la famille qui doivent trimer du lever au coucher du soleil.  Les épouses sont obligées en plus de vaguer à leurs tâches  ménagères « …de partager les travaux de leurs maris, prendre la hache pour abattre des arbres, s’atteler comme des bêtes de somme à des têtes d’arbres, servant de herse pour préparer le terrain pour la semence ».*2 Éloignés de tout service, ne disposant pas d’eau courante, les colons-pionniers doivent se débrouiller et fabriquer tout de leurs propres mains.

Le recensement de 1851  *3

Au dix-neuvième siècle ,  la colonisation,  telle que comprise et  mise en œuvre au Québec   consiste à  «.., occuper une terre neuve et travailler à la mettre en culture ».*4  À cet égard, le recensement de 1851 permet  sinon de  mesurer exactement  du moins approximativement les progrès  réalisés par les familles Ménard  et Dufresne depuis leur établissement  sur le territoire actuel  de Val-David.

Narcisse Ménard et sa famille occupent un lot de 100 arpents dont 8 sont en culture et 6 ont produit une récolte en 1851. Trois quarts d’arpent ont donné 7 minots d’orge. La famille entretient aussi deux vaches laitières et un cheval.

Jean-Baptiste Dufresne et sa famille occupent un lot de 74  arpents  dont 6 ½  sont en culture et 5 ½  ont produit une récolte en 1851. Un demi  d’arpent a fourni  6 minots d’orge. La famille possède une vache laitière. 

Olivier Ménard et sa famille sont établis sur un lot de 100 arpents dont 8 sont en culture et 8 ont produit une récolte en 1851. Un arpent a permis  de récolter  10 minots d’orge. La famille soigne aussi une vache laitière et un cheval.

Malgré les difficultés, le développement de la  future municipalité   de Val-David  est pour le meilleur et pour le pire enclenché. D’autres colons ne tarderont pas à venir s’y établir.


*1 – Grignon, Edmond,  (2012).Album Historique de la Paroisse de Sainte-Agathe-Des-Monts, 1849=1912 ,p.21.

*2- Ibidem,p.28

*3- Recensement (agraire) du Canada , 1851

*4- Séguin, Normand (2004) « La colonisation et l’extension du domaine agraire » in René Hardy et Normand Séguin, Histoire de la Mauricie. Institut québécois de recherche sur la culture, Presses de l’Université Laval,p.233*2**4A

 

Les moustiques

 

Les moustiques… Peste et terreur du colon !
Oh ! mouches… terreur du colon,
Qui lui mangés le nez, le cou et le menton !
Votre aiguillon funeste
Lui cause plus de maux que la guerre et la peste.
En effet, de tous les inconvénients rencontrés par le colon en ouvrant sa terre, celui des moustiques est le plus grand et le moins supportable. J’en parle avec connaissance de cause puisque j’en ai fait la triste expérience à mon tour. Le printemps, du mois de mai au mois de juillet, elles nous incommodent continuellement et le jour et la nuit à moins d’avoir une habitation bien close et les avoir chassés avant de se coucher avec de la fumée bien forte, alors on peut dormir tranquille. Le jour, il faut se battre avec eux pour les empêcher de nous étrangler et malgré nos coups, ils trouvent toujours le moyen de nous atteindre. Je ne sais pas ce qui arriverait si nous n’avions pas de boucane pour les éloigner.
Source : Guérin, Joseph, Histoire de Kiamika, texte ronéotypé dans (…)
Saint-Gérard de Montarville, s. l. s. é., c. 1904, p. 33
 
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