Le marché des métiers d’art et les créateurs associés de Val-David

Jocelyne Air-Bélanger nous présente en 1977 un historique du Marché des Métiers d’art de Val-David.

paru dans le Perspective-dimanche de La Presse, le 26 juin 1977

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Pour un magasinage original

LE MARCHÉ DES MÉTIERS D’ART

Val-David a été l’un des premiers établissements au nord de Saint-Jérome, il y a plus de 128 ans.

Jean-Baptiste Dufresne, Narcisse Ménard et son frère Olivier, trois explorateurs hardis mesurant six pieds, franchirent cinquante milles dans les bois en suivant la rivière du Nord, avec tout leur équipement sur le dos. Ils avaient vingt ans en cet été 1849. Ils s’installèrent leur campement sur un plat, à l’endroit où se trouve aujourd’hui le restaurant Le Petit Poucet. À cette époque, il n’y avait pas d’ogre mais la forêt, les bois à perte de vue, le dur hiver et la vie ardue des premiers colons dans un pays qu’on avait toujours crû inhabitable.

À partir de ce premier noyau, le développement des Laurentides se cristallisera autour des nombreux lacs de la région: lac Paquin, lac à La Truite, lac des Sables, lac Manitou etc. C’est au bord du lac des Sables, qui a dix milles de contour, que les colons se fixeront en plus grand nombre pour créer en 1861 le village de Sainte-Agathe-des-Monts. Val-David  – ainsi nommé d’après le sénateur Athanase David  – y resta rattaché  jusqu’en 1921, date à laquelle on l’érigera en municipalité.

D’abord défricheurs et colons, les habitants de cette région sont très tôt devenus cultivateurs. la pauvreté du sol, l’arrivée du train et des touristes hiver comme été ont peu à peu transformé la physionomie de ;la région.  À Val-David, en particulier, des hôtels comme la Sapinière, de réputation internationale, des auberges, des pensions, des restaurants et une boîte à chansons, la Butte-à-Mathieu, ont acquis au village sa renommée touristique.

Dans le sillage de Gilles Mathieu – de la Butte – , et à cause surtout de l’esprit accueillant des villageois, artisans, artistes, musiciens et poètes sont venus s’implanter tour à tour.

Val-David s’est donc valu, ces dernières années , une réputation de village culturel de plus en plus confirmée par la présence toujours croissante de créateurs dans des domaines très divers, allant de la joaillerie au cinéma, en passant par la céramique, l’ébénisterie, la sculpture.

Chaque été – c’est le troisième – il s’y produit un événement unique dans les Laurentides: le Marché des métiers d’art de Val-David, qui se tient cette année du 1 er au 10 juillet.

 

Un marché en plein air, quelle bonne idée! Mais comment en est-on venu là? 

Jusqu’à il y a deux ans, les artisans fonctionnaient de manière isolée. On savait bien qu’ils étaient nombreux dans le coin mais on ne les avait jamais vus tous ensemble. En publiant un article sur quatre ou cinq d’entre eux, les journaux ont réussi ce qui avait semblé incroyable avant cela: le mariage officiel de Val-David et d’un groupe d’artistes et d’artisans. Il y a eu polarisation et la douzaine ou plus d’artisans et d’artistes qui exposaient séparément au Salon des métiers d’art de Montréal eut cette idée de le faire chez eux et tous ensemble. Naissent alors l’association qui les réunit, e t le marché.

Le premier Marché s’est installé à la Butte-à-Mathieu en juillet 1975. attirés presque biologiquement par ce lieu où tant de chansonniers avaient été lancés et qui résonnait encore de toutes les voix de notre pays, une trentaine d’artisans et d’artistes de Val-David ont fêté la canicule en exposant leurs travaux dans une atmosphère de vacances sous le soleil rappelant les marchés exotiques de nombreux pays.

L’an dernier, on s’en souvient., c’était la Fête de la jeunesse à Montréal. Pour participer à l’événement malgré la distance, le Marché fut inscrit à l’itinéraire officiel du Cojo. Plus de huit cent athlètes y sont venus en autobus de tourisme, au cours d’une randonnée qui les amena dans les Laurentides. Britaniques, Japonais, Polonais, Tchécoslovaques, Tunisiens – avant leur départ – Français en grand nombre et même un Canadien, un seul, ont défilé au coeur de cette manifestation, assistant à des démonstrations de raku ou de sculpture sur métal. Ce fut pour eux la seule occasion de voir de près la production québécoise, dans toute la région. Et ce fut aussi une occasion extraordinaire de rencontrer les athlètes entre deux épreuves, de parler avec eux dans une atmosphère de détente. Par leur travail et leur organisation, les quarante exposants ont été les hôtes des athlètes et certains sont repartis chez eux avec du  » fait à la main au Québec.  en plus de leurs médailles, comme ce petit Japonais et son immense chapeau de cuir. La musique et la poésie y étaient également l’an dernier, confirmant encore plus le caractère de fête estivale de ce marché sous les arbres. 

Cette année, le Marché des métiers d’art de Val-David fêtera encore une fois en plein air le retour de l’été, au coeur des plus vieilles montagnes du monde. 

Au tout début de juillet, les Créateurs associés de Val-David monteront leurs tréteaux et installeront leur production sans le parc municipal, avec l’aide et l’appui de la municipalité. Il y aura du théâtre pour enfants et des marionnettes. On y fera de la musique et des démonstrations de céramique et de gravure. 

C’est à l’occasion du Marché que visiteurs et producteurs se rencontrent, qu’on se parle et que les trucs de métier sont expliqués; il devient possible de mettre un visage sur un nom ou sur une pièce dans un cadre et une atmosphère naturels et sympathiques.

collection: Jocelyne Aird Bélanger

Qui sont-ils  les Créateurs associés de Val-David? Qui sont ces gens qui organisent chaque année le Marché des métiers d’art de Val-David? Il s’agit d’abord d’une cinquantaine de personnes qui ont choisi de vivre et de travailler dans le même village. Cinquante sur une population globale de 2 500 habitants: l’équivalent de 50 000 créateurs qui habiteraient tous une ville comme Montréal… Réunis par leur métier et par le choix qu’ils ont fait de ce village, ils partagent de nombreuses autres valeurs.

collection: Jocelyne Aird-Bélanger

Quitter la ville et ses usages et retrouver dans la nature des gens pour qui l’environnement est une valeur réelle, des gens qui très souvent ont construit leur maison en tout ou en partie, rencontrer à tout moment quelqu’un qui a inventé quelque chose ou qui a une idée, quelqu’un que votre auto ou votre costume n’impressionne pas, quelqu’un qui fait pousser ses légumes en attendant la fin de sa cuisson ou que son encre sèche, discuter et imaginer dans la réalité une association où il serait possible pour tous de s’exprimer; c’est un peu cela et encore! Vivre et travailler à l’ancienne dans un endroit que l’on aime, où les enfants vont à l’école en connaissant tout le monde sans se polluer les poumons, sous les arbres centenaires avec la forêt à la porte, c’est aussi cela. S’intégrer au village dans les comités d’école comme certains, ou à la Chambre de commerce comme d’autres, s’engager au sein du conseil municipal ou encore enseigner le rudiment de son métier aux enfants, ça peut être cela en plus. Débuter dans un métier d’art ou s’y être déjà taillé une réputation, intégrer son métier à sa vie quotidienne, finalement c’est surtout cela.


collection: Jocelyne Air Bélanger

La plupart  travaillent seuls dans leur atelier, bien qu’il existe quelques ateliers de groupe. Associés pour concentrer leurs efforts et promouvoir leurs travaux, les artisans, artistes, musiciens, poètes veulent maintenant la création d’un centre de diffusion et de distribution permanent au coeur du village. L’association est jeune; le visiteur qui se dirige vers Val-David pour rencontrer des artisans, éprouve encore quelques difficultés. Ou bien ils demeurent en haut du deuxième rang, ou en haut d’une montée au bout de l’asphalte, et il faut savoir les y retrouver; ou bien, toute leur production est rendue ailleurs pour une exposition! Afin d’éviter ce genre de désillusion, de nombreux projets sont à l’étude. L’automne doit voir la réalisation de ce nouveau point de liaison, d’exposition, de diffusion, ce point de rencontre entre le visiteur et le créateur.

Quand on en fait le tour, il y a bien une quinzaine de disciplines pratiquées ici par un groupe à peu près égal d’hommes et de femmes. La terre, le métal, le bois, la laine, le tissu, tous les matériaux y passent et tous les métiers tels que céramistes, joailliers, sculpteurs, ébénistes, poètes, auteurs d livres pour enfants, graphistes, cinéastes, l’éventail est ouvert.

Les Créateurs associés, c’est un groupe dynamique qui vit et travaille à Val-David, P.Q., premier village culturel des Laurentides.


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Participants  1985                     
 
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