Le reportage ultime de Jean-Patrice Desjardins: Richard Blass à Val-David

Sachant ses jours comptés, Jean-Patrice nous avait confié ces documents et ce projet de reportage sur lequel il travaillait déjà depuis plusieurs mois : la mort de Richard Blass à Val-David en 1975. On est loin ici de Socrate et du Jean-Patrice humanitaire et humaniste; il avait aussi ce petit côté éclectique, frondeur et s’intéressait parfois aux nouvelles judiciaires que l’on qualifiait de «journaux jaunes » à l’époque.

Il nous fait donc plaisir de vous présenter ce qu’il avait amassé sur le sujet. Nous ne l’avons pas enrichi, pas même réellement ” travaillé “.

En souvenir de ce grand homme que fut Jean-Patrice, de cet excellent journaliste devenu historien pour nous et pour vous, dont nous nous souviendrons toujours.

On vous a quand même ajouté une petite surprise, une ” glanure ” de nos recherches : un autre malfrat, moins connu, un “prédécesseur “, Marcel Benoît, qui avait terminé sa vie ici en 1970.

Bonne nuit Jean-Patrice.

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DOSSIER CRIMINEL: RICHARD BLASS, LE GRAND CRIMINEL QUÉBÉCOIS SURNOMMÉ LE CHAT

DANIEL CAROSELLA  28/04/2017

Parmi les criminels de l’histoire du Québec, peu ont connu une histoire aussi rocambolesque que Richard Blass. Probablement psychopathe, Blass aura fait de nombreuses victimes dans son sillage et se sera fait connaître sous le surnom du Chat pour une raison bien particulière. Voici son histoire.

Affaires de gars, Magazine pour hommes, 2017 :  https://www.affairesdegars.com/page/article/4156065092/dossier-criminel-richard-blass-le-grand-criminel-quebecois-surnomme-le-chat.html

Une carrière criminelle dès l’adolescence

Richard Blass naît le 24 octobre 1945 dans le quartier Rosemont, à Montréal. À l’école, il performe bien, mais est aussi très dissipé. Il quitte les bancs scolaires et commet une série de larcins avant de se tourner vers la boxe. Se décrivant lui-même comme quelqu’un de colérique et d’impulsif, Blass espère trouver dans la boxe un moyen de canaliser la colère qui le ronge.

Alors que la boxe devait être un moyen de se contrôler, elle servira plutôt de prétexte à Blass pour commettre son premier crime d’importance. En effet, après avoir perdu un combat contre le pugiliste Michel Gouin, le jeune Blass prend un couteau et tente de poignarder son adversaire. Il sera arrêté et plaidera coupable à une accusation d’assaut. Il ne passera qu’une seule nuit en prison.

Le temps passe et la carrière criminelle de Blass prend du galon. Or, elle ne satisfait pas le jeune homme. Plus les années s’écoulent et plus Blass devient obsédé par les activités de la mafia italienne, spécialement celle de New York. En vérité, Blass nourrit une haine de plus en plus viscérale envers la mafia, étant fatigué de leur présence à l’avant-scène du crime à Montréal. Même s’il risque sa vie, Blass veut renverser la vapeur et faire tomber la mafia.

 

Richard Blass vs. la mafia

Progressivement, Blass s’en prendra physiquement à des membres de la mafia. Il se bat avec des hommes du célèbre parrain Frank Cotroni ainsi que les frères DiMaulo. De plus, Blass n’hésite pas à leur envoyer des menaces de mort. Le tout atteint son apogée le 7 mai 1968 alors que Blass, aidé de son compatriote Robert Allard, tendent une embuscade à Cotroni afin de le tuer. Or, le plan échoue lorsque les deux comparses se font repérer par un policier en patrouille. Même s’il tente de les arrêter, Blass et Allard parviendront à échapper au constable à qui Cotroni doit la vie.

L’échec de cette tentative d’assassinat ne fera qu’accentuer la rage de Blass. À ce moment, le jeune criminel a avec lui un petit groupe d’hommes formant un gang visant à éliminer la mafia. Blass et ses alliés s’en prendront à des Italiens, en assassinant même qui n’ont rien à voir avec le crime organisé. La première de leurs victimes sera Giuseppe Collizza, un garçon de table de 20 ans assassiné le 27 mai 1968, 20 jours après la tentative de meurtre ratée sur Cotroni. Quelques jours plus tard, Robert Allard, bras-droit de Blass, paralyse Joey DeMarco en lui tirant plusieurs balles. D’origine italienne, DeMarco n’avait aucun lien avec le crime organisé italien.

Évidemment, les activités de Blass commencent à sérieusement déranger la mafia italienne. Après le meurtre de l’un des leurs (Francesco Grado), la mafia décide de prendre action contre Blass et son gang. Le 24 août 1968, deux hommes de main engagés par la mafia entrent dans un bar où se trouve Blass. Ils ouvrent le feu sur ce dernier, mais il parvient à s’échapper. Les tueurs le retrouveront un peu plus loin et déchargeront leurs armes sur lui. Or, ils le rateront et Blass survivra à cette dangereuse tentative de meurtre. Blass répliquera en tuant un couple associé au clan italien. Ils seront retrouvés ligotés et étranglés dans le coffre de leur Cadillac.

La mafia tente de nouveau de tuer Blass

Deux semaines plus tard, la mafia suit Blass jusqu’au motel montréalais Le Manoir de Plaisance. Les mafiosos brûlent le motel, espérant que leur ennemi y périra. Or, ce n’est pas le cas. Trois personnes innocentes décèdent, mais Blass parvient une fois de plus à échapper à cette tentative d’assassinat. C’est à ce moment que Blass héritera du surnom Le Chat, référence aux neufs vies que possède un félin et à la chance incroyable qu’a Blass de survivre aux attaques de ses ennemis.

Les tentatives de meurtres sur Blass ne s’arrêtent pourtant pas là. En octobre 1968, d’autres mafiosos coincent Blass et l’un de ses alliés dans un garage. Ils ouvrent le feu et blessent sérieusement le chef de gang. Malgré tout, Blass survit à l’attaque. Il sera hospitalisé pour ses blessures, mais refusera de dénoncer ses agresseurs lors de leur procès. Devant ce geste, Blass gagne quelque peu le respect de la mafia. Une trêve s’installera, ce qui ne freinera nullement la carrière criminelle du Montréalais.

Un vol qualifié et des évasions de prison spectaculaires

En janvier 1969, le gang de Blass pénètre dans une banque afin d’y commettre un vol qualifié. La situation tourne au drame lorsque les policiers, alertés, se présentent sur les lieux. Blass n’hésite pas: il ouvre le feu alors qu’il tente de fuir la banque. Il blesse un policier et sera finalement appréhendé un peu plus loin. Il sera condamné à quatre peines consécutives de dix ans de prison.

Le 16 octobre 1969, alors qu’il est en route pour une audience en cour, Blass et un autre prisonnier chargent l’un des agents correctionnels présents dans la van les transportant. Ils prennent le contrôle du véhicule et s’échappent. Néanmoins, un informateur anonyme avertira les policiers que Blass s’était réfugié dans l’appartement de sa femme. Il y sera arrêté le lendemain et ramené en prison. Le 30 novembre, en pleine salle d’audience, Blass saute sur un des policiers l’ayant arrêté, affirmant qu’il lui a tiré les cheveux et blessé sa femme lors de l’arrestation. Il poussera l’audace jusqu’à inviter le policier à venir se battre avec lui dans sa cellule !

En 1974, Blass fomente son second plan d’évasion. Le 21 juin de la même année, Blass et quatre autres détenus bondissent de chariots de linge sale où ils s’étaient cachés. Ils sautent sur les agents correctionnels ainsi que le chauffeur du camion de buanderie et les ligotent. Ils parviennent à s’échapper, mais Blass sera capturé le lendemain après que les policiers eurent reçus un autre appel anonyme les ayant informés de l’endroit où était Blass. Celui-ci revient en cour, mais cette fois, il est entouré de cinq agents correctionnels armés jusqu’aux dents.

Plus tard la même année, Blass met en place son troisième plan d’évasion. Lors d’une visite, une ancienne copine du célèbre criminel Jacques Mesrine lui apporte des armes à feu. Des complices de Blass brisent alors la fenêtre de la salle des visiteurs et menacent les agents correctionnels de les tuer. Bien armés, Blass et d’autres prisonniers parviendront à quitter la prison et deviendront les fugitifs les plus recherchés du Canada.

D’autres meurtres et une mort controversée

Dès sa sortie spectaculaire du pénitencier, Blass n’a qu’une idée en tête: retrouver Raymond Laurin et Roger Lévesque afin de les tuer. Ces derniers ont témoigné contre lui lors du procès pour le vol qualifié commis en janvier 1969. Le 30 octobre 1974, Blass retrouve ceux qu’il traque dans un bar et les abat froidement. Puis, le 21 janvier 1975, Blass et un complice retournent au même bar et séquestrent treize personnes, soit dix hommes et trois femmes. Convaincu qu’il doit faire disparaître tout témoin potentiel de l’assassinat de Laurin et Lévesque, Blass massacre les treize personnes avant de prendre la fuite.

Dès ce moment, les autorités canadiennes engagent l’une des plus importantes chasses à l’homme de son histoire. Blass est l’homme le plus recherché du pays et tous les corps policiers sont mis à contribution pour le trouver. Les agents de la paix découvrent finalement le repaire du criminel le 24 janvier 1975. Les policiers de Montréal et de la Sûreté du Québec encerclent le chalet où Blass, sa conjointe et deux amis ont trouvé refuge. Ils somment Blass de sortir et de se rendre, sans réponse. Trois policiers défoncent la porte d’entrée. Probablement nerveux en raison du passé de Blass, les policiers trouvent ce dernier et lui intiment l’ordre de se coucher. Puis, deux rafales de mitraillettes sont entendues. On retrouvera le corps de Blass criblé de pas moins de 27 balles, ces dernières ayant été tirées en à peine quelques secondes.

Les policiers et les témoins indiqueront que Blass avait une arme et qu’il avait tiré en premier avant que les policiers n’ouvrent le feu. Or, en mai 2012, l’agent Lisacek, qui menait le groupe d’hommes étant entré dans le chalet de Blass, a affirmé à un journaliste que lors de l’intervention, le délinquant n’était pas armé. Il n’avait qu’un bas dans sa main lorsque les policiers ont fait feu sur lui. Bien que cela n’ait pas été confirmé (et ne le sera probablement jamais), il est probable que les policiers aient eu l’intention de tuer Blass peu importe les circonstances de l’intervention. Le criminel, ayant réussi à s’échapper de prison deux fois, était probablement trop dangereux pour rester en vie.

S’il avait été gardé en vie, il est probable que Richard Blass aurait été affublé du diagnostique de psychopathe. Ayant vraisemblablement une personnalité antisociale et colérique, Blass affichait plusieurs éléments de psychopathie, dont une grande impulsivité, un manque d’empathie, des délits graves et diversifiés ainsi qu’une criminalité ayant commencé en bas âge. En bout de ligne, celui qu’on a surnommé Le Chat en raison de sa capacité à survivre à des tentatives d’assassinat aura vraisemblablement trouvé la mort par des forces de l’ordre complètement dépassées par ses agissements et incapables de le contrôler pour protéger la société.

 

 

Pour en lire plus :

https://historiquementlogique.com/2013/05/26/richard-blass/

Le chalet à Val-David, rue Campeau, où Blass a été abattu :

Sur le policier Albert Lysacek qui a arrêté Blass :

https://www.theglobeandmail.com/news/national/montreal-tough-guy-albert-lisacek-was-a-hard-boiled-cop-from-a-bygone-era/article5882859/

https://www.lapresse.ca/actualites/passages/201212/10/01-4602392-albert-lisacek-1933-2012-une-legende-de-la-sq-sest-eteinte.php

https://www.journaldemontreal.com/2012/11/21/une-legende-seteint

Deux videos en ligne qui parlent de l’événement :

Tout le monde en parlait :

https://www.youtube.com/watch?v=ap-yLTBz1Qg

https://www.youtube.com/watch?v=ace6IuZ8X60

Une autre vidéo, où on voit des gens de Val-David qui commentent :

https://www.dailymotion.com/video/x7gdxr

Richard Blass dans la culture populaire :

Le film Requiem pour un beau sans-cœur (1992) de Robert Morin est basé sur les derniers mois de la vie de Richard Blass. Gildor Roy tient le rôle principal.

En 2005, dans la série télévisée québécoise, Le Négociateur, le chanteur Éric Lapointe y interprète un criminel surnommé Le Chat, rôle qui est librement inspiré de Richard Blass.

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Merci à toi, Jean-Patrice, pour ces trouvailles. Quel beau travail. Nous nous souviendrons longtemps de toi.

Colligé par Paul Carle, juillet 2019.

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Notre extra glanure :

Un autre malfrat vient mourir à Val-David : Marcel Benoit

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