Les feux de forêt de 1903

par Paul Carle

Au printemps 1903, Val-David, tout comme une bonne partie de Québec, vit la sécheresse et les feux de forêt.

Dans La Patrie du 11 mai 1903, Madeleine consacre sa chronique hebdomadaire à l’aide aux sinistrés de ces incendies. Elle l’intitule «À travers le Nord»:

«Tout est brûlé : grange, écurie, maison; tous les meubles, le linge, les habillements de toute la famille, le semences, les pommes de terre, tous les instruments pour la culture, deux cochons, toutes nos provisions pour l’année et en même temps les livres que vous m’aviez envoyés. Cela me fait bien de la peine de ne pouvoir vous les rendre.» […][1]

Le journal Le Canada rapporte les évènements à Ste-Agathe (qui comprenait à l’époque Belisle’s mills, lequel allait devenir Val-David) :
 

À Ste-Agathe

(Spécial au « Canada »)

Ste-Agathe – Le feu est en train de dévaster toute notre région. Parti de Labelle il y a quelques semaines il est descendu jusqu’ici causant sur son passage des dommages considérables. A Labelle, il a dévasté une grande superficie de forêt, ruinant de ce fait, un grand nombre de pauvres colons qui demandaient leur subsistance au commerce du bois.

Aujourd’hui le feu est arrivé sur notre territoire et depuis ce matin il ravage la partie nord de notre village. Le désastre est certain, car l’élément destructeur est incontrôlable.

Toute la population est sur pied depuis le moment où s’est déclaré l’incendie et elle fait des efforts surhumains pour protéger le village contre l’envahissement des flammes. On a réussi à sauver les usines électriques.

 Les moulins de M. Côté ont été détruits ainsi que plusieurs granges et remises. Les flammes ont réussi à dévorer un pont – dévorer est bien le mot – car en quelque vingt minutes, le pont était en cendre. La destruction de ce pont aura pour conséquence de rendre impossibles, pour quelques jours au moins, les communications par chemin de fer. Ce soir le train qui part d’ici pour Montréal n’a pu partir; il n’est pas monté de train de Montréal ce soir. J’apprends que demain non plus, nous ne pourrons avoir de train.

Maintenant, il n’y a pas que Ia partie nord de notre village qui soit la proie des flammes : actuellement le feu fait des siennes à quelques milles plus bas que Sainte Agathe. Mais les deux feux s’en vont dans la même direction, c’est-à-dire vers St-Jérôme.

Au-dessus de nous le ciel est noir de fumée. On est forcé de se tenir un mouchoir mouillé sur la bouche, pour ne pas aspirer de fumée. On ne peut encore donner exactement toute la portée du désastre. Mais du train que vont les choses, Ste-Agathe est en danger. À onze heures, nous n’avons pu réussir à avoir d’autres renseignements.

Belisle’s Mills

(Spécial au “Canada”)

Belisle’s mills, via Ste-Agathe —A plusieurs milles aux environs de Belisle’s mills le feu fait son oeuvre dévastatrice. Plusieurs demeures en villégiature ont été détruites ainsi que les dépendances de plusieurs fermes. On croit que cet incendie va compromettre grandement les récoltes et les pertes seront très grandes.

Quelques jours plus tard (le 8 juin 1903), Le Canada publiait une mise à jour de sa nouvelle :

Le feu à Ste-Agathe

Contrairement à ce que les journaux ont annoncé, les moulins C. E. Parent et de Côté et fils, de Ste-Agathe, ne sont pas brûlés. Il n’y a que le moulin Marier, appartenant à l’honorable M. Préfontaine, et celui de M. Belisle qui sont brûlés.

En complément

Un texte de l’historien Jean Provencher sur les incendies du printemps 1903.

Mon pays, c’est le feu. Le Québec, le Canada, les forêts et le feu, un texte de Stephen J. Pyne paru dans Globe, Revue internationale d’études québécoises.


[1] Des biens pour les sinistrés, Jean Provencher, 3 mai 2013, page consultée le 3 avril 2019.

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