Louise Blanchard

(1947-2022)

Après avoir vécu plus de 50 ans à Val-David, notre amie Louise Blanchard est partie à 74 ans, à la fin de février 2022. Jocelyne Aird-Bélanger et Lynn Gauthier, sa voisine et son amie de longue date, reviennent ici sur quelques moments clés de la vie de cette femme si animée qui aura laissé sa marque dans leur vie et dans le milieu culturel de Val-David.

 

Quel plaisir de retourner à l’occasion dans les années 1960 et de revoir Val-David, notre petit village si tranquille, presque assoupi à l’époque. L’Hôtel La Sapinière, où travaillaient alors de nombreux résidents, était plein à craquer. L’église logeait notre bibliothèque dans son sous-sol Les gens allaient très nombreux à la messe le dimanche. Le Magasin général des Guindon vendait de tout, des culottes d’étoffe aux bottes de foin. L’épicerie de la famille Dufresne, était aussi une quincaillerie. Il n’y avait qu’un dépanneur : « Chez Madelon». Pas de piste cyclable, très peu de pistes de ski de fond, pas de Parc Dufresne et vous aviez même le droit de vous baigner au Lac Doré. Le mouvement de libération des femmes commençait à faire des vagues avec de nouvelles idées sur les sages-femmes, l’accouchement naturel et l’allaitement maternel. Pour atteindre Val-David, les jeunes hippies quittaient Montréal et montaient dans le nord par l’autoroute 15 après avoir traversé 3 péages. Et nous aurions bientôt notre première épicerie végétarienne. La politique québécoise évoluait rapidement et influençait tous les jeunes. Ce fut une ère de changements de modes de vie, de cheveux longs et de barbes, de nouveaux styles de vêtements. A une époque où la musique devenait une partie dominante de la culture, la Butte à Mathieu a joué un rôle majeur en tant que centre de musique québécoise. Après avoir vu une performance de Félix Leclerc ou de Jean-Pierre Ferland un samedi soir, vous pouviez aussi aller déguster un croque monsieur au Rucher, un café géré par la famille Invernizzi. Une très jeune Micheline Monette travaillait pour son père au petit BMR et nos jeunes skiaient au Mont Plante.

Au 1er marché des artisans de Val-David à la Butte à Mathieu en 1975
 
 
Mexique 2015

 

Quel plaisir de retourner à l’occasion dans les années 1960 et de revoir Val-David, notre petit village si tranquille, presque assoupi à l’époque. L’Hôtel La Sapinière, où travaillaient alors de nombreux résidents, était plein à craquer. L’église logeait notre bibliothèque dans son sous-sol Les gens allaient très nombreux à la messe le dimanche. Le Magasin général des Guindon vendait de tout, des culottes d’étoffe aux bottes de foin. L’épicerie de la famille Dufresne, était aussi une quincaillerie. Il n’y avait qu’un dépanneur : « Chez Madelon». Pas de piste cyclable, très peu de pistes de ski de fond, pas de Parc Dufresne et vous aviez même le droit de vous baigner au Lac Doré. Le mouvement de libération des femmes commençait à faire des vagues avec de nouvelles idées sur les sages-femmes, l’accouchement naturel et l’allaitement maternel. Pour atteindre Val-David, les jeunes hippies quittaient Montréal et montaient dans le nord par l’autoroute 15 après avoir traversé 3 péages. Et nous aurions bientôt notre première épicerie végétarienne. La politique québécoise évoluait rapidement et influençait tous les jeunes. Ce fut une ère de changements de modes de vie, de cheveux longs et de barbes, de nouveaux styles de vêtements. A une époque où la musique devenait une partie dominante de la culture, la Butte à Mathieu a joué un rôle majeur en tant que centre de musique québécoise. Après avoir vu une performance de Félix Leclerc ou de Jean-Pierre Ferland un samedi soir, vous pouviez aussi aller déguster un croque monsieur au Rucher, un café géré par la famille Invernizzi. Une très jeune Micheline Monette travaillait pour son père au petit BMR et nos jeunes skiaient au Mont Plante.

À la fin des années 1960, après s’être entraînée comme athlète et avoir étudié la céramique à l’École des Arts appliqués à Montréal, Louise Blanchard quitte sa maison de Sainte-Thérèse et s’installe définitivement à Val-David, sur les traces de céramistes déjà établis. Artiste polyvalente, elle a illustré une série de livres pour enfants avec son partenaire Jean-Yves Dufour. Ensemble, ils ont acheté une vieille ferme et la terre du vieux monsieur Jean St. Jean dans le deuxième rang, qui n’était alors qu’une route de gravelle. Inspirées par l’architecture traditionnelle de La Butte a Mathieu, quatre maisons de style québécois, en pièces sur pièces ont été déménagées et reconstruites dans les environs pour les amis de Louise : c’était le début du recyclage et de la réutilisation de matériaux. Les champs autour de chez elle deviendraient bientôt le lieu privilégié de nombreuses fêtes et célébrations en plein air avec de la musique, de la danse et tous nos jeunes enfants. Qui aurait pu imaginer que Louise vivrait dans la même maison pendant plus de 50 ans et qu’elle y élèverait Mauve et Neige, ses deux filles ! Ou encore que ce champ abriterait des années plus tard, les débuts des futurs jardins médicinaux de La Clef des Champs.

Vinrent ensuite les années au Salon des Métiers d’art à Montréal où Louise et Jean-Yves vendaient leurs chevaux à bascule en bois, des étagères et des boîtes en céramique fabriquées à la main. Ces expositions annuelles ne duraient que deux semaines en décembre. Il devint bientôt essentiel de mettre sur pied un autre débouché directement à Val-David où de plus en plus d’artisans et d’artistes visuels s’étaient établis. C’est se là qu’est né le Marché des artisans, fondé par Louise Blanchard, Lynn Gauthier et Jacqueline Desjardins dans les années 1970. Cette initiative prendra par la suite le nom de Marché des Créateurs Associés. Ce joyeux marché d’été se répéta de 1975 à 1987 et permit à plus d’une cinquantaine d’artisans et d’artistes locaux de présenter et de vendre leurs créations au public local et aux touristes, dans une ambiance champêtre, en plein air


Louise était une grande voyageuse, parfois touriste mais plutôt citoyenne du monde. Elle a loué sa ferme pendant 25 ans chaque hiver à la même famille ce qui lui permettait de quitter le pays pour des climats plus chauds comme le Mexique où elle a perfectionné sa troisième langue, l’espagnol, le  Pérou, le Costa Rica, le Guatemala, ou encore l’ Inde, la Thaïlande, l’ Irlande, la Corse, l’ Espagne, l’Italie et la France pour n’en nommer que quelques-uns. Son style de voyage tenait le plus souvent du trekking, de longues randonnées, où elle pouvait vivre dans une van et parfois dormir dans des hamacs sur la plage ! Quiconque a visité l’intérieur de sa maison a pu admirer ses précieuses collections d’objets originaux et typiques issus de ses nombreux voyages. Elle était forte physiquement et mentalement, courageuse, débrouillarde, avant-gardiste, avec un flair pour le style dans tout, de ses vêtements à son exquise cuisine, en passant par le jardinage biologique réussi, ce qui est tout un accomplissement en soi avec nos étés si courts ! Elle était une tricoteuse avertie et une horticultrice hors pair.  Intrépide et énergique, Louise était toujours prête pour un autre projet, que ce soit la vente de roses fraîches aux clients de restaurants, ou la rénovation de maisons sur le deuxième rang, en passant par un bar à jus au Salon des métiers d’art. Son monde était rempli d’amis et de visiteurs, de médecine alternative, de yoga, de massages, de fleurs, de nourriture biologique, tout cela, bien avant que ça ne devienne à la mode. Toujours à l’affut de la beauté, elle avait un œil aiguisé pour l’esthétique que ce soit dans les objets d’art, la nature ou la mode vestimentaire. 

Ses années d’éco-agriculture au début des jardins de la Clef des Champs ont été suivies par une collaboration avec l’équipe des Jardins Précambrien de René Derouin. Elle participa à des installations d’art en plein air, à l’animation d’ateliers créatifs pour le public, aux découpages très complexes des oeuvres en papier grand format de l’artiste Derouin et à la réalisation de l’imposante murale de ce dernier, tout autour du marché Metro de Val-David, preuves additionnelles de sa polyvalence et son talent. Récemment, elle s’était impliquée dans l’organisation du projet de construction de la Maison Phoenix, un nouveau projet de logement spécialement dédié aux citoyens plus âgés de notre municipalité.

Elle avait hérité d’une maladie qui l’avait rendue sourde et qui semblait par contre, avoir aiguisé de manière extrême sa capacité visuelle. Ces dix derniers mois, Louise a vécu courageusement avec un cancer du cerveau qui allait malheureusement progresser et l’emporter le 24 février dernier. Chaque jour tout au long de cette période si difficile, un groupe assidu d’amis l’a entourée et pris soin d’elle pour la soutenir et venir en aide à ses filles. Louise a contrôlé sa vie jusqu’à la fin. Grâce à l’aide médicale à mourir, elle a pu choisir l’environnement et le jour de son départ et s’éteindre paisiblement chez elle. Elle laisse ses deux filles, ses quatre petits-fils, sa sœur, ses nièces, sa famille élargie et des centaines d’amis qui l’aimaient tant. Tous lui souhaitent amour et paix ! AMEN.