Physionomie de Val-David en 1947

«Pour le citadin habitué au fracas des tramways, Val-David semble sommeiller au creux de ses montagnes.»

L’expression du journaliste du journal Le Devoir, François Zalloni, fait sourire, mais elle était probablement à propos il y a 70 ans.

Paul Carle a retrouvé cet article, intitulé Physionomie de Val-David, publié par le quotidien montréalais daté du samedi 3 mai 1947. Le reporter fait un papier pour décrire le village et, fait intéressant, il le présente déjà comme une destination touristique.

«Car l’été c’est la saison du tourisme. Et le tourisme est l’industrie principale, disons même unique, de Val-David. L’importance de ce village est en rapport étroit avec l’intérêt que lui témoignent les touristes.»

Son commentaire n’est pas négligeable et est même peut-être prophétique, compte tenu de ce qu’est devenu Val-David (et les Laurentides en général) au fil des décennies du 20e siècle.

«La note caractéristique de ce coin des Laurentides, c’est l’empressement que mettent tous les gens de l’endroit à bien recevoir les visiteurs ou à imaginer ce qui pourrait les attirer et les garder. Car le touriste est un personnage difficile qui ne peut se contenter d’admirer un joli paysage… encore faut-il qu’il puisse se nourrir et loger confortablement.»

François Zalloni met le doigt sur une caractéristique importante de Val-David: sa capacité d’accueil. Il mentionne évidemment l’hôtel La Sapinière, qui en est à ses débuts et n’a pas encore l’envergure qu’il prendra durant les années 1950 et suivantes.

Cette «capacité d’accueil», elle est encore liée à une industrie de la construction: Val-David regorge d’artisans et menuisiers capables d’accommoder les touristes qui s’installent dans des chalets pour l’été.

«Dernière remarque: on ne veut pas de Juifs à Val-David. Il y en avait avant 1933, mais ils ont dû se retirer. Aujourd’hui, ils sont cantonnés en bordure du village et dans Préfontaine qui, à toutes fins pratiques, n’est pas Val-David.»

Pour clarifier le texte, précisons que Préfontaine, c’était comme un quartier de Sainte-Agathe avant que Val-David ne devienne une municipalité autonome en 1921. Même encore aujourd’hui, les anciens résidents de Val-David utilisent cette appellation, Préfontaine, pour désigner le secteur de Val-David qui se situe à l’endroit où était installé l’hôpital Mont Sinaï, donc dans le secteur du chemin Trudel et du mont Catherine. Il y a une communauté juive qui fréquente le secteur de la 2ième avenue durant l’été.

En 1947, Val-David n’avait pas encore d’hôtel de ville et le magasin général d’Arthur Saint-Louis sert d’entreposage pour les registres officiels.

En somme, l’article aborde une foule de sujets (la Paroisse et son curé, les Sœurs de Sainte-Anne, les écoles, etc.) qui nous en apprennent beaucoup sur Val-David dans les années 1940.

Voici donc le texte dans son intégralité.

LE DEVOIR, MONTREAL

SAMEDI 3 MAI 1947 VOLUME XXXVIII No 101

 

Physionomie de Val-David

 

Val-David est un endroit charmant situé, comme son nom l’indique dans un vallon des Laurentides, à quelque 60 milles de Montréal.

Pour le citadin habitué au fracas des tramways, Val-David semble sommeiller au creux de ses montagnes. Pourtant, on travaille là-bas avec une ardeur d’autant plus remarquable que l’été va commencer et, avec lui, une des périodes les plus actives de l’existence de ce village.

Car l’été c’est la saison du tourisme. Et le tourisme est l’industrie principale, disons même unique, de Val-David. L’importance de ce village est en rapport étroit avec l’intérêt que lui témoignent les touristes.

Ces derniers donnent donc leur raison d’être à tous les établissements de Val-David, y compris les quatre ou cinq manufactures qui fabriquent des meubles, des portes et des fenêtres pour les maisonnettes que leurs propriétaires loueront cet été aux étrangers en résidence temporaire.

La note caractéristique de ce coin des Laurentides, c’est l’empressement que mettent tous les gens de l’endroit à bien recevoir les visiteurs ou à imaginer ce qui pourrait les attirer et les garder.

Car le touriste est un personnage difficile qui ne peut se contenter d’admirer un joli paysage… encore faut-il qu’il puisse se nourrir et loger confortablement.

Voilà ce que les gens de Val-David savent bien; on ne peut donc s’étonner de les voir, ces jours-ci, astiquer, frotter et repeindre leurs maisons de pension et leurs hôtels.

Et parce qu’ils savent aussi combien les touristes sont nombreux à notre époque, ils construisent sans cesse de nouvelles maisons d’été, fort jolies d’ailleurs, et qui seront toutes remplies d’ici quelques semaines.

Il faut donc souligner l’esprit d’initiative des gens de ce village. Ils ont réussi, en peu d’années, à transformer ce coin agréable des Laurentides, en un centre de tourisme fort recherché.

Par souci de justice, disons que si Val-David jouit aujourd’hui d’une réputation solide, elle le doit en majeure partie à l’hôtel de la « sapinière «. Cet établissement, dont l’histoire est racontée ailleurs, attire à lui seul les deux tiers des touristes.

Cependant, il existe d’autres hôtels et d’excellentes pensions ou le visiteur est assuré de l’accueil le plus cordial.

Et puis, Val-David possède tout le charme d’un village des Laurentides: air pur des montagnes, sapins qui sifflent au vent. On retrouve surtout chez les gens de ce village une manière de vivre simple et heureuse, que le visiteur observe avec profit.

Dernière remarque: on ne veut pas de Juifs a Val-David. Il y en avait avant 1933, mais ils ont dû se retirer. Aujourd’hui, ils sont cantonnés en bordure du village et dans Préfontaine qui, à toutes fins pratiques, n’est pas Val-David. Dire que les résidents ne sont pas un peu inquiets de ce voisinage serait bien camoufler les faits: mais il s’agit là d’une toute autre histoire.

 

L’ASPECT MUNICIPAL

 

Le secrétaire de la “Municipalité du village de Val-David”, M. Arthur Saint-Louis, est un commerçant fort aimable.

Rencontré à son magasin général, qui est aussi le Bureau de Poste, il nous a reçu dans son arrière-boutique où voisinent, sur les tablettes, des boîtes de savon, des bouteilles de vinaigre… et les archives de la municipalité.

Car Val-David ne possède pas d’hôtel de ville; les réunions du Conseil municipal se tiennent à la salle paroissiale et les registres officiels reposent en paix au magasin de M. Saint-Louis.

Ce dernier nous apprend d’abord que Val-David faisait autrefois partie du village de Sainte-Agathe. Ce n’est qu’en 1917 que Val-David fut érigée en corporation religieuse et en 1921 en corporation municipale et scolaire.

A l’époque, Val-David ne comptait que 15 ou 20 familles, parmi lesquelles celles de pionniers tels que les Ménard, les Dufresne, les Saint Louis et les Brisebois.

Aujourd’hui, quelque 180 familles sont établies à cet endroit; elles forment une population résidentielle d’environ 800 personnes, que les touristes viennent doubler en hiver et tripler en été.

Le Conseil municipal se réunit tous les mois. Il est formé du maire, M. Aimé Lalande, et de six conseillers, MM. d’Assise Paquin, Jean-Louis Dufresne, Roland Plante. Hormisdas Paquin, Armand Loiseau et Napoléon Gascon.

Naturellement le tourisme est l’unique industrie de l’endroit. Il rapporte, dit-on, pendant les mois d’été, un chiffre d’affaires de 4 à 500,000 dollars. Les manufactures qui sont établies existent surtout en fonction du tourisme.

L’usine la plus importante est une fabrique de meubles: “Habitant Industries” ; elle emploie en moyenne 25 employés. Il existe aussi quatre boutiques où l’on fabrique des portes et des châssis et qui donnent du travail à environ 6 employés chacune.

On compte trois hôtels, une demi-douzaine de maisons de pension et environ 400 maisons d’été louées aux touristes; sur ces dernières, il y en a bien 250 à 300 qui sont situées dans Préfontaine ou en bordure du village et qui vont chaque été à des Juifs. Notons qu’en général ceux-ci ne sont pas admis dans les hôtels ou les maisons de pension.

Dans le rapport financier de la Municipalité pour l’année 1945, on relève les détails suivants:

la population de Val-David est de 798 personnes, dont 70 sont des cultivateurs. La superficie totale de la municipalité est de 7,517 acres; là-dessus, les terres cultivées ou labourées forment 4,625 acres; les terres cultivables non labourées, 405 acres; les forêts, 2,021 acres; les marécages, les rochers, les lacs, les rivières, les chemins et les routes, 102 acres; les lots à bâtir ou les terrains vagues, 64 acres. L’évaluation des propriétés imposables se chiffre a $463,320; celle des propriétés non imposables (l’église et 3 écoles), à $13.100.

680 personnes sont tenues de payer des taxes, dont le taux par cent dollars est de $0.95. Il n’existe pas de taxe spéciale. Les recettes de l’année se chiffrent à $6,483.53 et on enregistre un déficit de $547.07, dû principalement au fait que les chemins sont maintenant entretenus par la municipalité et non par les propriétaires, comme autrefois.

On a contracté aussi un emprunt de $18.200 du gouvernement provincial pour faire l’acquisition du système d’aqueduc qui appartenait à des intérêts privés de la ville de Québec. Notons en passant que l’eau dont on se sert à Val-David provient des sources des montagnes environnantes: elle est très pure, parait-il, et n’a pas besoin d’être filtrée.

C’est, enfin, la “Gatineau Power“ qui fournit l’électricité de la municipalité au tarif minimum de $1.11 par mois. 

 

ASPECT RELIGIEUX ET SCOLAIRE

 

Ce n’est pas à la porte du “presbytère en fleurs” que nous sommes allés frapper: il neigeait aussi bien à Val-David ce dimanche-là qu’à Montréal ces jours derniers.

Quels nuages, cependant, ne seraient pas dissipés par le sourire paisible du curé, qui vous ouvre lui-même la porte, s’installe sur la banquette du piano et cause, sans se presser, de questions paroissiales.

M. l’abbé Maurice Monty est curé de la paroisse Saint-Jean-Baptiste de Val-David depuis 1928. Il veille seul à la santé morale de ses ouailles qu’il connait bien et auxquelles il est attaché par une profonde affection. Les gens de Val-David lui ont en retour donné leur confiance; ce qui a permis au curé, plus d’une fois dans le passé, de prendre l’initiative de campagnes heureuses qui ont amélioré, dans une très large mesure, la vie sociale de Val-David.

M.  l’abbé Monty est le quatrième curé de sa paroisse. A l’époque de son arrivée, on appelait Val-David “la petite Palestine”; c’est grâce à lui, notamment, que ce surnom est oublié. D’ailleurs, M. le curé ne cache pas ses sentiments – il faut l’entendre tonner en chaire.

Il nous apprend que la moyenne des baptêmes s’établit à 35 par année, celle des mariages à 6 et celle des décès à 10.

La dette de la fabrique, qui était de près de $24.000 au début de son ministère, s’est amortie avantageusement et n’est actuellement que d’environ $10,000.

Il n’y a pas de communauté de Frères à Val-David, mais les Soeurs de Sainte-Anne dirigent la seule école qui soit dans le village même. Il s’agit de l’Académie du Sacré-Coeur où trois religieuses enseignent un cours élémentaire à 80 garçonnets et fillettes.

Le couvent est aussi une maison de repos pour les religieuses de cette congrégation; il y en a toujours une quinzaine qui passent l’année à Val-David.

La municipalité possède encore deux autres écoles, situées dans les “rangs” et dirigées par des institutrices; un total de 60 élèves les fréquente. De plus, il est question de faire construire une troisième école du genre qui ouvrirait ses portes à l’automne.

M. le curé ne trouve qu’un défaut à sa paroisse: elle ne possède pas de médecin ni de pharmacien. « Nos gens, dit-il, sont obligés de faire 4 milles en train ou 5 milles en voiture pour aller à Sainte-Agathe.

Pourtant, si un médecin voulait s’installer chez nous, il vivrait confortablement, d’autant plus qu’il pourrait desservir les municipalités environnantes de Val-Morin, Sainte-Lucie, Sainte-Marguerite, etc. ”

Dernier point: c’est dans la cave du curé qu’est remisée la pompe à incendie du village. Comme quoi, un curé de campagne peut être utile à bien des choses !

 

Par François ZALLONI

 

Comment aller à Val-David

Le trajet peut se faire par train, par autobus ou par auto

 

On peut faire le voyage de Montréal à Val-David par train, par autobus ou simplement en automobile. Le trajet par train se fait par voie du Pacifique Canadien. La distance est de 65 milles que l’on franchit environ en 2 heures et demie, selon l’horaire. Tous les jours, on compte 3 départs, le vendredi, il y en a 4 et le samedi 7. Pour le trajet du retour, il y a 3 départs tous les jours, 4 le samedi et 5 le dimanche. Les trains circulent l’heure solaire.

En autobus, les autorités de Compagnie de Transport Provincial ont interrompu momentanément leur service à cause de la période du dégel. Selon l’horaire actuel, on constate qu’il s’effectuait 3 départs tous les jours pour ou de Val-Morin. De cet endroit, un autobus local franchit la distance de 2 milles qui sépare Val-Morin de Val- David.

Les autobus circulent à l’heure avancée et le voyage prend aussi aux environs de 2 heures et demie.

L’automobiliste, lui n’a qu’à suivre la route No 11, de Montréal à Mont-Laurier. Lorsqu’il aura franchi 57 milles, il sera à Val-Morin et prendra ce chemin de 2 milles qui le conduira à Val-David. La route, pavée jusqu’à Val-Morin, est en excellente condition. Le long de ce bout de chemin qui relie Val-David à Val-Morin, il faut franchir un pont assez étroit et vieux. Or nous apprenons que la province fera bientôt construire à cet endroit un nouveau pont qui facilitera beaucoup l’accès à Val- David. Il coûtera $45,000.

Fermer le menu