Rodolphe de Repentigny repose en paix à Val-David depuis 60 ans

Merci à Martine Lavallée

du journal Val-David ZigZag

d’avoir permis la reproduction de cet article. 

Rédaction, Louise Arbique

Si les belles histoires ne courent pas les rues, nous les trouvons parfois au cimetière. Et parfois même au cimetière de Val-David.

Rodolphe de Repentigny (1928-1959) artiste, critique d’art et alpiniste a trouvé le repos au cimetière de Val-David il y a 60 ans dans des circonstances bien particulières.

La petite histoire telle que vécue par les citoyens est souvent la plus révélatrice de son époque !

Rodolphe  de Repentigny a été un artiste marquant pour son temps, un critique d’art et un grimpeur audacieux.

Un homme et un artiste engagé.

Rodolphe de Repentigny était un critique d’art, un théoricien et un artiste-peintre québécois, principal représentant du mouvement des Plasticiens. Il a signé ses tableaux sous le pseudonyme de Jauran. (Wikipédia)

Il étudie en mathématiques et en psychologie à l’UDM de 1947 à 49 et en lettres à la Sorbonne en 1950 et 51.

Est-ce sa formation universitaire éclectique qui lui confère ce regard nouveau sur l’art ou sa curiosité et son amour de l’exploration de la beauté et de la forme?

Quoi qu’il en soit, il s’avère un personnage marquant pour l’évolution de l’art non figuratif au Québec et crée avec un ensemble d’artistes un nouveau mouvement: les Plasticiens. Ces derniers proclament la nécessité d’une abstraction géométrique principalement axée sur l’épurement et l’agencement des éléments plastiques.

Homme de conviction, il écrit entre autres le Manifeste des Plasticiens en 1955 et signe des critiques d’art notamment à La Presse, à l’Autorité du peuple et à Vie des Arts. On retrouvera plusieurs de ses écrits sous le pseudonyme de François Bourgogne.

En 1956 il délaisse son pinceau pour explorer la photographie.

L’alpinisme

Comment un artiste, un intellectuel et un personnage marquant dans l’univers artistique de son époque est-il devenu un alpiniste? L’influence de Val-David a-t-elle quelque chose à y voir ? Est-ce l’art qui, par un chemin de traverse, l’a mené à rencontrer des grimpeurs et à fréquenter les parois de Val-David? Quoi qu’il en soit, de toute évidence Rodolphe portait en lui les deux pôles de ce qui allait devenir la signature de Val-David : escalade et arts.

Rodolphe de Repentigny semble s’impliquer à fond dans ses passions. Malheureusement, en 1959, à l’âge de 33 ans, l’une d’elles deviendra son cercueil. Est-ce la quête du photographe et de l’alpiniste qu’il est devenu qui l’amène au haut lieu de la beauté dans les Rocheuses ? Je parle ici du lac Louise et du mont Victoria qui y reflète sa splendeur. S’il avait été croyant, je parlerais d’une montagne belle comme une grande cathédrale.

Mort tragique d’un membre du Club de montagne Canadien

Rodolphe de Repentigny ne limitait pas son audace à son art. Il était aussi parmi les grimpeurs les plus enthousiastes du Club de montagne Canadien, selon Claude Lavallée.

Ainsi, il sera victime d’un tragique accident lors de l’ascension du mont Victoria au Lac Louise à Banff.

Extrait de l’entrevue de Claude Lavallée par Martine Lavallée

«En effet, en traversant le glacier Victoria qui se situe au pied de cette montagne (…)Rodolphe qui avait fait cordée avec Bernard Poisson et Erwin Hogchin pour la traversée du mont Victoria, s’est retrouvé à marcher en tête sur le glacier à la fin de l’après-midi avec ses compagnons.

Ils venaient de descendre le couloir rocailleux et abrupt d’Abbot Pass. Apparemment,  le déplacement sur le glacier qui semblait dénudé devait se faire comme une marche du dimanche. Ce passage qui semblait facile les avait convaincus de ne pas s’encorder pour marcher plus à l’aise.

Puis, soudain, Rodolphe qui marchait toujours en tête disparaît.

Il était tombé dans une crevasse à quelques dizaines de mètres plus bas sur un pont de glace. Bernard a beau crier, rien, c’est le silence.»

Rodolphe de Repentigny, cet homme qui a soufflé un vent de changement sur le Québec, cet homme à la fois libre et engagé vient de mourir.

«Se servant de techniques de manoeuvre de sauvetage, Bernard et Hogchin ont remonté le corps inerte sur la surface du glacier. Ensuite Erwin est allé chercher du secours pour transporter la dépouille jusqu’à l’hôtel Lac-Louise. (…)

Quelques jours se sont écoulés avant que Françoise l’épouse de Rodolphe me demande de lui rendre visite chez elle en face au parc Lafontaine pour discuter de l’éventuel service funèbre. Elle m’a alors informé que dans la paroisse de l’Immaculée Conception où le service pourrait avoir lieu, le curé de la paroisse a refusé de lui accorder ce privilège parce que Rodolphe était connu du grand public comme un agnostique. Elle m’a donc demandé de trouver une solution. On pourrait l’inhumer ailleurs comme à l’église de Val-David par exemple ?

Le lendemain Maurice Monty curé de Val-David acceptait d’offrir un service funèbre (mais sans messe) à Rodolphe de Repentigny après que Claude Lavallée l’ait informé que ce dernier ne croyait pas en Dieu.

Puis Claude recrute des membres du CMC comme porteurs afin d’accompagner Rodolphe à son dernier repos dans le cimetière de Val-David. (…)

Six compagnons d’alpinisme de Rodolphe de Repentigny, en tenue de montagne (knickers et bottes de montagne) portaient le cercueil :  Bernard Poisson, Robert Brazeau, Robert Royal, Pierre Garneau, Bernard Foucart et moi-même tous des amis de cordée.

Seuls les porteurs, dans la tenue d’alpinistes, se détachaient de l’assemblée de parents et d’amis.

La pierre tombale est encore très visible au cimetière de Val-David sur laquelle on y retrouve également le nom de ses parents. Laurier de Repentigny et Gabrielle Leprohon.»

Rodolphe de Repentigny était sans nul doute un homme à l’image de notre village, et sa place était ici à Val-David.

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