Une comète traverse le ciel de Val-David : Vernon Grandison Cardy

Introduction

L’histoire de Val-David a été traversée par des familles ou des personnages hors-normes, qui sont arrivés un jour sur notre territoire, et qui nous ont quittés par la suite. Certains de ces personnages ont laissé une marque indélébile dans notre histoire; d’autres sont disparus sans laisser de traces. Nous avons déjà parlé de la familles McConnell au Lac Paquin, de la famille Scroggie sur le chemin de la montagne à Val-David ainsi qu’à Val-Morin. Des recherches récentes ont permis de redécouvrir un personnage très connu au Canada, aux Etats-Unis et dans les Laurentides mais dont on se souvient peu ici, multimillionnaire, haut en couleur mais aussi en scandale, Monsieur Vernon G. Cardy.

Vernon G Cardy vers 1945.
Source: Société d’histoire de Ste-Marguerite du Lac Masson et d’Estérel (Archives SHPVD)
 

M. Vernon Grandison Cardy serait né à Galt en Ontario le 16 avril 1890; l’année de sa naissance demeure floue *1 ;  son père est propriétaire d’un hôtel à Galt, et possède quelques chevaux de compétition. Vernon Grandison Cardy a commencé sa carrière dans l’hôtellerie comme chasseur en 1912 à l’hôtel Ritz Carlton de Montréal dès son ouverture. En 1916 il se marie avec Hilda Bouvier à Toronto. Il deviendra en 1922 directeur du Mount-Royal Hotel sur la rue Peel à Montréal. Il semble qu’il fasse faillite vers 1919 .*2  Le début de la première chaîne canadienne d’hôtels débuta lorsque Vernon G. Cardy, semble-t’il avec l’aide financière de son épouse Hilda, prit le contrôle du Mount Royal Hotel des mains de M. Aldéric Raymond en 1945. Ce fut la naissance de Cardy Hotels Corp.

 Publicité pour les Hôtels Cardy vers 1954

À son apogée la chaîne des Cardy Hotels comprenait 8 grands hôtels. Par la suite, il fut propriétaire également de l’Alpine Inn, situé à Sainte-Marguerite au Québec dans la région des Laurentides.

Cependant sa passion pour l’hôtellerie était surpassée par sa formidable passion pour les chevaux. Ses écuries le rendirent célèbre dans le monde sportif tant aux États-Unis qu’au Canada. En novembre 1910, à l’âge de 20 ans, Vernon Cardy avait eu la chance de participer à un concours hippique au Madison Square Garden de New-York. Le cheval qu’il montait se nommait Viceroy of Cork. Ce jour-là les entraîneurs et coureurs professionnels n’eurent pas à regretter d’avoir amené avec eux le jeune Vernon, puisqu’il remporta la première position.

Vernon G. Cardy est un cavalier accompli; on le voit ici à l’œuvre.
source: Société d’histoire de Ste-Marguerite du Lac Masson et d’Estérel 

En 1950, il vendait la chaîne Cardy Hotel Corp. à la multinationale américaine Sheraton Corporation pour la somme de 4 millions de dollars. C’est ainsi que la première chaîne américaine d’hôtels mettait la main sur la plus grande chaîne canadienne d’hôtels. *3

 

Sa présence chez nous

Dès 1940 Monsieur Cardy commence à acquérir des terres à Val-David (en fait à Val-David et à Sainte-Lucie).*4  Il y crée le Mount Vernon Ranch ou Mount Vernon Farm; il y élève des chevaux sauteurs et des chevaux de chasse irlandais. Il venait de découvrir la chasse au renard! Il était aussi propriétaire d’un autre ranch à Southern Pines en Caroline du Nord. Il partageait sa vie entre Val-David, la Caroline du Nord, New-York, Toronto, … partout où l’amenaient ses chevaux, les courses de chevaux et ses affaires.

 

 

Les lots acquis à Val-David et Sainte-Lucie entre 1940 et 1950

 

 
 
Image aérienne du site actuel (Google map)

 
 
La maison de Vernon G. Cardy en 1945 à Val-David Source: Dossier… (CCA, Centre canadien d’architecture, AP013.S1.D264)
 
 
 
 
 
Le site et la maison de Vernon G. Cardy en 1945 à Val-David. Dossier… (CCA, Centre canadien d’architecture, AP013.S1.D264)
 
 
 
 
 

 
 
 
La propriété actuelle, propriété de la famille Bassani

 

 

 

 

 

Il semble qu’il passait cinq mois par année pour l’élevage de chevaux pur – sang en Caroline du Nord. Parmi ces chevaux importés d’Irlande, une jument du nom de Levee devint célèbre. Elle rapporta à M. Cardy dans une seule année la faramineuse somme de 285,000.00 dollars américains, en plus de gagner les trois grands Derby américains dans une même année. Un autre sauteur, du nom de Times Square, le meilleur selon M. Cardy, devint lui aussi célèbre. En plus de remporter de nombreux prix, ce cheval gagna trente et un Blue Ribbons (ou premiers prix) en 1947.

Il semble que ce soit au Laurentide Inn de Sainte-Agathe des Monts que Vernon G. Cardy fait la connaissance, en 1939, de la famille Ferguson : Stanley Ferguson, et ses sœurs Edith et Helen, jumelles identiques. Stanley Ferguson est impliqué dans l’hôtellerie, peut-être grâce à Cardy; il travaille au Mont Tremblant Lodge en 1942. Il devient gérant de l’hôtel King Edward à Toronto, propriété de Cardy en 1944. Il est transféré à l’Alpine Inn de Sainte-Marguerite -du-lac-Masson en 1947 et deviendra gérant général en 1951 de toutes les propriétés de Cardy dans les Laurentides, le Sainte-Adèle Lodge, l’Alpine Inn et le terrain de golf de Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson. En 2007, il fut introduit au Panthéon du Musée du ski des Laurentides, qui reconnaissait sa contribution au développement du ski au Québec et à la reconnaissance mondiale de ce sport.

Vernon G. Cardy et la famille Ferguson, Helen, Vernon, Edith et Stanley, au Alpine Inn au milieu des années 40.
Société d’histoire de Ste-Marguerite du Lac Masson et d’Estérel (Archives SHPVD)

 

L’histoire de Vernon Cardy avec les jumelles Ferguson a fait beaucoup jaser; elles avaient 17 ans quand elles l’ont connu, il en avait pratiquement 50. Il a rapidement reconnu leur talent à monter les chevaux; il les a commanditées; elles sont devenues des écuyères de premier plan, remportant plusieurs championnats équestres en Amérique du Nord. Mais il semble aussi qu’il les ait aussi installées dans une suite de son hôtel à Montréal , puis dans son ranch à Val-David. Sa femme légitime, quant à elle, l’avait déjà quitté et s’était réfugiée à New-York. Elle le poursuivit légalement pendant plusieurs années; elle tentait de récupérer la moitié de sa fortune, évaluée à 30 millions de $US à l’époque; elle ne gagna jamais rien en justice et mourut dans sans le sous à New-York.

 

 

Vernon Cardy et les jumelles dans son ranch à Val-David. (Wellington County museum and archives, ph27433)

 

Elles font les manchettes. La Presse 29 octobre 1946

 

Vernon G. Cardy épouse finalement en 1950 Edith Victoria Ferguson, mettant probablement fin à toutes sortes de rumeurs. En 1955 il vend à Lionel Turcotte ses propriétés de Val-David (et de Sainte-Lucie) et s’installe près du Alpine Inn à Sainte-Marguerite, où il possède aussi des installations pour l’élevage des chevaux. Plusieurs anciens de Val-David se souviendront des chevaux, des jumelles, de la Cadillac décapotable dans laquelle ce beau monde se promenait. Cardy garde la propriété du Alpine Inn jusqu’en 1968, année de sa retraite des affaires. Il rend l’âme le 7 février 1976 à l’âge d’environ 89 ou 90 ans . Edith Cardy décèdera le 24 février 2008.

 

Le couple Edith V. et Vernon G. Cardy vers 1968.
Société d’histoire de Ste-Marguerite du Lac Masson et d’Estérel (Archives SHPVD)

 

Pastel de Vernon G. Cardy
Œuvre de Stella Mackie, non datée,
Catalogue de la vente de IEGOR, novembre 2008

 

En 1963, en juillet, le Photo Journal publiait une pleine page sur Edith Cardy et sa sœur Helen

*1 Nous avons trouvé des textes mentionnant 1888, 1886, ou 1890, mais toujours le 16 avril

*2 Selon la demande de pension alimentaire déposée par son ex-épouse Hilda Bouvier au début des années 50 à New-York aux USA.

*3 https://www.facebook.com/AubergeAlpine/posts/345387612161732/

*4 En 1940 il achète de Lionel Laverdure, en 1942 de Aimé Lalande et en 1950 de Jean St-Jean (actes 123534, 127955 et 184676 du registre du Comté de Terrebonne.

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