La réserve Mohawk de Doncaster

À quelques kilomètres de Val-David, sur le territoire de la municipalité voisine de Ste-Lucie, se trouve une réserve Mohawk dont quelques-uns ont entendu parler. Plusieurs citoyennes  et citoyens de Val-David se souviennent avoir croisé, à l’un ou l’autre moment, un des habitants de celle-ci.

Le 30 août 1851 couronne britannique (on est avant la Confédération) met  à part 93080 hectares (230000acres) de son territoire, pour créer des réserves pour les premières nations du Canada. Le 9 août 1853, 1/4 du canton de Doncaster est cédé aux Mohawks.  Ce territoire à l’origine est établi à 6475 hectares (16000 acres). En 1971, le territoire de la réserve est réarpenté et réétabli à 7897 hectares (19514 acres). Le territoire exact de la réserve fait toujours l’objet d’un contentieux entre les Mohawks et le Ministère des affaires indiennes.  Ce territoire est partagé par les habitants des réserves  de Kahnawake et Kanesatake (Cauhgnawaga et Oka) de la région de Montréal. On y retrouve des représentants des anciennes communautés des iroquois, des algonquins et des nipissings.

La réserve est toujours considérée comme non-habitée: les amérindiens ne se sont jamais établi à proprement parler. Il y eut une tentative, au siècle dernier, de diviser la réserve de Doncaster en lots de 80 acres chacun, pour qu’ils s’y installent. Les amérindiens ont refusé cette proposition, jugeant le climat difficile (trop froid), l’agriculture impossible compte tenu du relief du territoire; seule la chasse (chevreuil, orignal, castor, chat sauvage…) et la pêche leur semblaient agréables en cet endroit.

 

La réserve, semble inutilisée au 19ème siècle, à tel point qu’elle est «squattée» en quelque sorte. Vers 1880-90, 16 colons s’y sont installés, construisant maisons et fermes. Pour les sortir de là, le Gouvernement fédéral aura à payer la facture, 28000$, une somme importante pour cette époque. Vers 1889, une compagnie de bois a même entrepris des coupes  de bois sur la réserve sans permission. Ces travaux se sont étirés sur plusieurs années avant que les Mohawks et le Gouvernement réagissent et fassent cesser ces activités illégales.

L’année 1903 est celle de la grande sécheresse et celle du grand feu dans toutes les Laurentides. Arrivant du nord, le feu a menacé Ste-Lucie qu’il a finalement contourné par le réserve Mohawk. Traversant la réserve, le feu a atteint les premiers rangs du Canton de Doncaster, où il a détruit quelques maisons et fermes, pour poursuivre sa route vers Ste-Marguerite[1]. On ne connaît pas l’étendue exacte des dégâts causés à cette occasion sur la réserve.

La route provinciale passant à travers le réserve fermée après 1928, car les Mohawks ne sont pas intéressés à défrayer une partie des dépenses d’entretien de celle-ci.

Les Mohawks ont acheté, au cours des années, à chaque fois que cela était possible, d’autres terrains au nord de la réserve vers le bout de l’ancienne route provinciale.

La Rivière Doncaster traverse la réserve et on y trouve une quarantaine de lacs dont les noms ont été donnés par les Mohawks eux-mêmes et citons : le Lac de l’Aigle; des Séminoles; des Mocassins; des Hérons; de la Flèche; du Couteau de Poche; des Mohawks; Doré; Hiawatha; Maria; à l’Ours; des Esclaves; des Loutres; du Jet; John; petit John; des Comanches; de la Grosse; Gagnon; petit Gagnon; de la Truite rouge; de la Tortue; de la Montagne; des Iroquois; de la Fourche; des Castors; des Indiens; de la Frontière; Long; de la Pie; Tekakwita; des Loups.

Vers 1960 la réserve est coupée en deux. Le conseil de bande décide de conserver la plus grande partie de la réserve comme territoire totalement sauvage (pour des raisons écologiques, notamment la protection du gibier): l’autre partie demeure ouverte à l’établissement de maisons ou de chalets. Les Mohawks des réserves intéressée, n’ont qu’à faire une demande en ce sens à leur conseil de bande.

Deux familles y vivent actuellement. Elles font office de gardien, car il semble qu’il y ait toujours plusieurs tentatives de braconnage sur le territoire de la réserve. On trouve sur la réserve plusieurs anciens chalets, peu entretenus ou abandonnés, mais aussi plusieurs chalets neufs qui font la fierté de leur propriétaire.

 

Remerciements à Stuart Phillips, de Kahnawake, Clarence Simon, de Kanesatake, la Direction des affaires autochtones du Québec et le Ministère des Affaires indiennes et du Nord du Canada

 


 

[1] Selon des anciens de Ste-Lucie, cités dans Histoire de Ste-Lucie des Laurentides, 1875-1975, écrit et publié par Gilles Brisson, 1974.

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