Le territoire de Val-David avant les premiers colons

par Michel Allard, historien

À quoi ressemblait Val-David avant l’établissement des premiers colons en 1849?

L’historien Michel Allard a consulté les carnets des arpenteurs-géomètres qui ont cartographié le territoire entre 1847 et la fin du 19e siècle. Il nous offre le fruit de son travail sous forme d’un texte de 12 pages que vous pouvez télécharger.

Téléchargez le texte en format PDF en cliquant sur l’image.

 

«Les carnets des arpenteurs-géomètres constituent une importante source de documentation pour décrire, quelques années avant l’arrivée des premiers colons, le territoire qui deviendra celui de Val-David. Certes, de nos jours, les nombreuses habitations semblent à première vue avoir transformé le paysage. Toutefois, l’abandon des fermes et tout récemment la fermeture de centres de ski alpin ont fait en sorte que la forêt a repris ses droits. Le territoire de Val-David exige de ses résidents des efforts presque quotidiens pour vivre avec une nature exigeante, parfois capricieuse, changeante au fil des saisons, procurant par contre uni havre de paix et de tranquillité pour qui vit en harmonie avec elle.» (conclusion du texte)

Michel Allard décrit avec précision comment s’est faite la division du territoire en canton et rappelle la création des rangs: «Le territoire actuel de Val-David se répartit sur les cantons Morin, Doncaster et Wexford, respectivement proclamés en 1852, 1852 et 1858, et comprend 174 lots.»

Il a consulté le carnet (1848) de l’arpenteur-géomètre Owen Quinn rédigé lors d’une expédition à l’automne 1847 sur le canton Morin. Un arpentage important, car il a été complété peu de temps avant que des premiers colons s’établissent en 1849 dans les rangs VII et X. C’est dans ce rang X (secteur actuel du village autour de la rivière du Nord) que les premiers colons de Val-David s’établiront en 1849. Mais il ne faut pas négliger de dire que c’est le secteur du rang VII (lac Paquin) qui sera le lieu de l’établissement du plus grand nombre des premiers colons à Val-David.

Michel Allard consulte aussi les carnets de l’arpenteur-géomètre François-Joseph Regnaud qui, à l’été 1859, entreprend d’arpenter tous les rangs du Canton de Doncaster.

C’est aussi cet arpenteur Regnaud qui sillonnera le canton Wexford entre 1851 et 1853, la partie la plus à l’est du territoire actuel de Val-David.

 

Au terme de ses lectures, Michel Allard y va d’une conclusion quant aux chances de développement du potentiel agricole de Val-David, but premier de cette initiative gouvernementale de division des terres:

«Les observations des arpenteurs-géomètres qui ont sillonné en long et en large le territoire qui deviendra soixante-dix plus tard celui de la municipalité de Val-David nous laissent perplexes sinon septiques quant à la possibilité de développer des établissements agricoles qui non seulement pourraient satisfaire aux besoins essentiels d’une famille, mais lui permettraient d’écouler ses surplus à l’extérieur de la région. En effet, les arpenteurs-géomètres évaluent la qualité du sol de médiocre à bonne tout en le qualifiant de rocailleux.

Cette évaluation ne surprend pas, car, selon les arpenteurs-géomètres, le territoire est très accidenté. On n’y rencontre pas que des vallons et des collines parsemés de rochers, mais aussi de véritables montagnes parfois difficiles à escalader.

(…) un futur colon devra d’abord défricher un lot densément boisé avant de pouvoir l’ensemencer souvent entre les cailloux. Il devra aussi tenir compte que la saison propice à l’agriculture est courte, car comme le vivent les arpenteurs-géomètres dont les expéditions sont parfois écourtées, la neige peut tomber dès le mois d’octobre et ne disparaître que tard au printemps. Par contre, outre la rivière du Nord qui traverse le territoire, les arpenteurs relèvent maints ruisseaux et plusieurs lacs qui en plus d’être poissonneux peuvent fournir une eau potable aux éventuels habitants du territoire.

(…) En somme, une première lecture des carnets des arpenteurs-géomètres ne nous permet pas de conclure que le futur territoire de Val-David soit favorable à l’établissement d’une occupation fondée sur l’agriculture. Toutefois, leurs écrits nous font découvrir des caractéristiques d’ordre géographiques qui influenceront le développement à court et à moyen terme de Val-David et de la région environnante.»

Michel Allard ne manque pas de parler de l’importance du train comme ouverture vers Montréal, car la situation du territoire de Val-David rend difficile son accès par les voies terrestres:

«Il faut attendre l’arrivée du chemin de fer à la fin du dix-neuvième siècle pour que la région des Laurentides au nord de Saint-Jérôme soit pourvue, depuis Mont-Laurier et Saint-Rémi-d’Amherst, de deux voies de communication avec Montréal.

Il faut attendre l’année 1945, pour que la voirie provinciale prenne à sa charge le déblaiement au cours de l’hiver de la route 11 (aujourd’hui la 117). Il faut attendre les années 1970 pour que la région des Laurentides soit dotée d’une autoroute. Aujourd’hui, la densité de la circulation automobile sur l’autoroute, à toutes les heures du jour et dans quelque temps sans doute à toutes celles de la nuit, remet à l’ordre du jour la récurrente difficulté pour les Laurentiens de jouir d’une voie rapide de communication directe avec la grande région métropolitaine. Bref, déjà depuis les premiers arpenteurs-géomètres, la communication de la région de Val-David avec le sud demeure problématique.»

En complément

L’histoire des Ménard, premiers défricheurs au lac Paquin, article de Claude Proulx, 2002.

Historique du village de Val-David par Claude Proulx (2018).

L’histoire Jean-Baptiste Dufresne et son épouse Louise-Flavie Jean-Baptiste Dufresne, arrivés au canton Morin en 1850, par Claude Proulx (2000).

 

Fermer le menu