Les premiers colons de Val-David

par Michel Allard, historien

En 2021, nous célébrerons le 100e anniversaire de la Municipalité de Val-David.

Toutefois, c’est en 1849-1850  que des premiers colons s’établirent sur le territoire actuel de Val-David plus précisément dans les rangs VII et X Canton Morin.

Le contexte général : l’émigration des Canadiens français

Au début du XIXe siècle, la population du Bas-Canada (le Québec actuel) ne cesse de croître. Vers 1825, on dénombre 350 000 habitants puis 890 000 au milieu du siècle et 1 650 000 au début du XXe siècle. Outre que le territoire agricole ne peut  faire vivre toute cette population, il s’avère que le mode de distribution des terres alors en vigueur « …oblige à désigner un seul héritier de la terre familiale pour éviter son morcellement accentue le problème ».  *1 Au surplus, la British American Land Company créée à Londres en 1832 acquiert de plus de 800 000 âcres de terre dans les Cantons de l’Est (Eastern Townships) pour favoriser l’immigration de sujets britanniques dans cette région. *2  Conséquemment, à partir des années 1820, de nombreux Canadiens- français émigrent vers les filatures (factories) de la Nouvelle-Angleterre.

La solution : la colonisation

Pour pallier l’exode de la population, s’organise alors au Québec un grand mouvement de colonisation, c’est-à-dire « occuper une terre neuve et travailler à la mettre en culture ». *3  On entreprend dès lors de coloniser des régions peu peuplées, dont celles  des Laurentides, de Lanaudière ,de la Mauricie, des Bois-Francs, du lac Saint-Jean . C’est dans ce contexte que s’amorce la colonisation des Cantons du Nord.

Le contexte particulier aux Laurentides (les Cantons du Nord)

Après la victoire, le 14 décembre 1837 à Saint-Eustache, les troupes et les milices de Colborne brûlent et pillent les demeures des Patriotes. Le lendemain 15 décembre, la campagne est dévastée; le village de Saint-Benoît complètement rasé. Plusieurs Patriotes   ruinés ou poursuivis pour cause de révolte se réfugient dans le Cœur des Laurentides. C’est ainsi que l’on retrouve dans plusieurs villages, dont  Sainte-Anne-des-Lacs ,Saint-Sauveur, Ivry, Sainte-Agathe-des-Monts et Val-David, de nombreux colons originaires des environs de Saint-Eustache, de Saint-Benoît et de Sainte-Scholastique.

Les premiers colons du Canton Morin *4

Dans  ce contexte, en 1849-1850  Narcisse Ménard né le 4 décembre 1826    et son épouse Angélique Husereau (ou Usereau) née le 14 avril 1825 occupent le lot 1 du rang VII  (Canton Morin);  Olivier Ménard né le 25 février 1825 et son épouse  Adélaïde Dufresne née le 13 juin 1835 prennent possession du lot  26  du rang X (Canton Morin); Jean-Baptiste Dufresne né vers 1830 et son épouse Louise-Flavie Ménard née le 13 août 1828  s’établissent sur le lot 27  du rang X (Canton Morin). Tous  ces jeunes gens sont originaires de Saint-Benoît. À ces  trois couples, s’ajoute Marie-Josephe Chartrand, née le 6 septembre à Sainte-Thérèse, épouse de feu  Pierre Ménard, originaire d’Oka. et  mère des deux frères Ménard et de leur sœur Flavie. Bref, c’est un véritable clan familial dont les membres s’établissent  à proximité les uns des autres.


*1 Roy, Christian (2015). « Les postes de traite et l’occupation du territoire » in Pintal, Jean-Yves, Jean Provencher , Gisèle Piédalue (dir.) (2015) AIR. Archéologie du Québec. Territoire et peuplement. Montréal, Pointe-à-Callières, Les Éditions de l’Homme, p. 164.

*2 http://www.1837.qc.ca/1837.pl

*3 Séguin, Normand (2004) « La colonisation et l’extension du domaine agraire » in René Hardy et Normand Séguin, Histoire de la Mauricie. Institut québécois de recherche sur la culture, Presses de l’Université Laval, p. 233.

*4  Les informations du paragraphe suivant  proviennent du recensement de 1851 ainsi que de Claude Proulx  (2001),  Val-David : son histoire, son patrimoine, tome 1, La Société d’histoire de Val-David.

Les moustiques

Les moustiques… Peste et terreur du colon !
Oh ! mouches… terreur du colon,
Qui lui mangés le nez, le cou et le menton !
Votre aiguillon funeste
Lui cause plus de maux que la guerre et la peste.
En effet, de tous les inconvénients rencontrés par le colon en ouvrant sa terre, celui des moustiques est le plus grand et le moins supportable. J’en parle avec connaissance de cause puisque j’en ai fait la triste expérience à mon tour. Le printemps, du mois de mai au mois de juillet, elles nous incommodent continuellement et le jour et la nuit à moins d’avoir une habitation bien close et les avoir chassés avant de se coucher avec de la fumée bien forte, alors on peut dormir tranquille. Le jour, il faut se battre avec eux pour les empêcher de nous étrangler et malgré nos coups, ils trouvent toujours le moyen de nous atteindre. Je ne sais pas ce qui arriverait si nous n’avions pas de boucane pour les éloigner.

Source : Guérin, Joseph, Histoire de Kiamika, texte ronéotypé dans (…) Saint-Gérard de Montarville, s. l. s. é., c. 1904, p. 33.


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